Les treize jours les plus longs

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Il y a treize jours, Vincent Bolloré et Alain de Pouzilhac, tels les gladiateurs fatigués par onze mois de duel, remettaient leur sort entre les mains des actionnaires, au nom de la "démocratie actionnariale". Les actionnaires d'Havas, venus en très grand nombre ce jeudi 9 juin, ont voté. Et par quatre résolutions, ils ont fait entrer au conseil d'administration d'Havas des hommes dont Alain de Pouzilhac, le PDG assiégé, ne voulait pas. Dernier outrage, ils ont voté contre le renouvellement de Thierry Meyer, un fidèle du publicitaire, qui dirigeait le comité des rémunérations et de sélection.Après un tel désaveu, la messe semblait dite. Le président d'Havas n'a-t-il pas clos l'assemblée générale par un solennel "j'en tirerai, moi, les conséquences qui s'imposent" ? Mais, sonné dans l'arène de la Maison de la chimie, le PDG a relevé la tête dès le lendemain soir en envoyant un mail à ses salariés dans lequel il promet notamment : "Je mettrai tout mon coeur et toute mon énergie pour continuer le redressement de notre entreprise..."Le duel a donc repris de plus belle la semaine dernière. Et c'est dans nos colonnes que Vincent Bolloré a choisi de rompre le silence le mardi 14 juin. Le patron fondateur du conglomérat Bolloré disait alors espérer "ne pas assister à une tentative de bunkérisation par un dirigeant". Et le premier actionnaire d'Havas, fraîchement élu administrateur, de réclamer "que le nouveau conseil d'administration se réunisse sans tarder". Une impatience affichée publiquement alors qu'Alain de Pouzilhac venait de lui téléphoner dans le but d'arrêter une date pour cette réunion à hauts risques.Dans le même temps, le groupe Bolloré rachetait des actions Havas et déclarait le 15 juin, après Bourse, avoir franchi le seuil des 22 % du capital. Une première passe d'armes donc, histoire d'impressionner l'adversaire avant la rencontre au sommet qui s'est tenu autour d'un petit déjeuner jeudi 16 juin au siège de Bolloré à Puteaux.Au sortir de ce premier rendez-vous avec Alain de Pouzilhac, Vincent Bolloré laissait entendre que les choses s'apaisaient et a expliqué dans une déclaration à l'AFP que "l'évolution de la situation managériale d'Havas a été évoquée". A l'en croire, ils ont "tous les deux manifesté leur désir de permettre à Havas de se développer dans la sérénité". C'est ainsi que la convocation du conseil d'administration d'hier était arrêtée.Affrontement total. Mais, rapidement, la tension est remontée. En fait, en dépit des propos rassurants, l'assaillant souhaitait tout bonnement acculer le patron d'Havas à la démission. Vincent Bolloré et Alain de Pouzilhac n'ont plus dit un mot publiquement jusqu'au conseil d'hier, mais leurs entourages et leurs équipes de communication (respectivement DGM Conseils et Image 7) ont distillé des confidences illustrant la crispation des échanges, jusqu'au blocage de lundi soir. Aucune solution commune n'était plus envisagée. Tout se jouerait donc au conseil d'administration.J.-B. J.

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