Le bonheur russe à l'ombre de Poutine

À quelques heures de l'élection présidentielle russe, dimanche, la lecture du livre la Russie nouvelle, de Lorraine Millot, permet de mieux comprendre pourquoi les Russes vont confirmer en toute bonne foi le pouvoir de Vladimir Poutine et des siens. Cette quinzaine de reportages, pour la plupart inédits, réalisés à toutes les extrémités de l'immensité du pays par la correspondante de Libération à Moscou, sont une plongée au coeur de la société russe, des sans-grade immigrés tadjiks aux entrepreneurs quadra de Samara.Plutôt que de se complaire dans la description des faits et gestes de Vladimir Poutine, Lorraine Millot est allée à la rencontre des Russes, de préférence assez loin du miroir déformant de Moscou. À Tsaritsyno, au sud de la capitale, le professeur de musique Roma, qui se tasse avec sa femme et sa fille dans un studio d'à peine 20 m2, concède " bien vivre, quoique nos parents estimaient aussi qu'ils vivaient bien à l'époque soviétique ". Sergueï, l'ex-taulard qui élève des oies dans le village de Sloboda, et sa voisine assurent aussi " vivre modestement ", mais mieux car " maintenant les retraites sont payées, et payées à temps ".GAZPROM : UN "EMPLOYEUR ATTENTIONNE "Ce souci de bien-être est même élevé au rang d'idéologie dans le bastion du géant Gazprom dans le Grand Nord russe, où l'auteur découvre " que le monstre qui fait trembler l'Europe se veut un employeur attentionné ", quitte à perpétuer en son sein " une sorte de socialisme en modèle réduit ".Sans idée préconçue de ce qu'elle allait dénicher aux quatre coins du pays, Lorraine Millot a fini par tracer le tableau de la Russie actuelle. Et, contre toute attente, c'est un " bonheur russe " qui s'exhale de ces discussions avec les Russes " ordinaires ". Certes, parfois, les déclarations de joie de vivre sont un peu forcées quand elles émanent de soldats de la caserne de Kalininets bien chaperonnés par leurs officiers durant les interviews. Malgré l'autoritarisme original inventé par Vladimir Poutine et illustré par deux visites de l'auteur au Kremlin et au siège du KGB, la Russie se montre " libre et joyeuse ". Libre de croire en Dieu comme s'en réjouissent les moines d'un monastère orthodoxe, tout droit ressortis des Frères Karamazov de Dostoïevski. Ou de surfer sur Internet, persifler le pouvoir dans des livres ou des oeuvres d'art, se lancer dans l'agrobusiness,la production de surgelés ou larestauration."La Russie nouvelle" , par Lorraine Millot. Actes Sud (Questions de société), 311 pages, 21 euros.

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