"La guerre des prix a déjà eu lieu dans la distribution française"

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Pour Jérôme Bédier, président de la Fédération du commerce et de la distribution, la réforme de la loi Galland, définitivement adoptée mercredi dernier dans le cadre d'une procédure d'urgence (voir "La Tribune" du 13 juillet), ne devrait pas entraîner de baisses généralisées des prix dans les grandes surfaces. Elle permettra surtout au marché de pouvoir fonctionner plus librement.Michel-Edouard Leclerc [cogérant des Centres Leclerc, Ndlr] a plutôt l'air satisfait de la réforme de la loi Galland. Partagez-vous son avis ?- Le gouvernement a cherché à défendre une vision plus économique des choses et nous y avons été sensibles. Mais deux points nous déçoivent franchement. Nous voulions la négociabilité des conditions générales de vente et ne l'avons pas eue, même s'il existe un assouplissement lié aux conditions particulières de vente. En revanche, nous avons maintenant un système dans lequel la structure des conditions générales de vente des industriels va être désormais déterminée par voie réglementaire. C'est surréaliste ! La dépénalisation était aussi pour nous très importante. L'inscription au casier judiciaire des personnes a certes été supprimée, mais tout le reste est un renforcement considérable de la répression pénale. Il faut être clair : on ne pourra pas fonder la dynamique de la grande consommation sur la défiance généralisée.Les marges arrière devraient diminuer progressivement...- L'intérêt est qu'on sorte de cette discussion lancinante sur les marges arrières. D'ailleurs, le débat a montré que ceux qui vitupéraient le plus contre elles ne voulaient pas finalement modifier le système. L'inconvénient est que la méthode choisie propose d'ouvrir à nouveau un débat dans deux ans, même si une indication est donnée sur l'objectif : adopter une solution en ligne avec ce qu'on constate dans la plupart des autres pays européens.Certains observateurs s'attendent à une guerre des prix prochainement. Est-ce votre avis ?- La guerre des prix a déjà eu lieu. Elle a commencé il y a un an, suite aux accords Sarkozy, et s'est traduite par des baisses de prix considérables. Le repositionnement des grandes marques est en cours. Le problème du pouvoir d'achat se situe aujourd'hui dans d'autres secteurs que dans celui de la grande consommation.Qu'apporte donc la réforme de la loi Galland ?- Le marché va maintenant pouvoir fonctionner plus librement que lorsque la loi Galland existait sous l'ancien modèle. On pourra avoir des domaines où la concurrence s'exercera plus naturellement. Les stratégies se construisent sur le moyen terme. On est sorti d'une logique d'opérations ponctuelles de baisses des prix.Cette réforme a aussi été pensée pour être une réforme en faveur des PME. Est-ce vraiment le cas ?- Nous avions demandé une étude d'impact sur les positions des PME et regrettons qu'elle n'ait pas été faite. Nous sommes déçus que les accords de gamme n'aient pas été interdits. Nous pensons que les contraintes extrêmement fortes maintenant instaurées avec un contrôle pénal sur la gestion de la coopération commerciale pourront être assumées par les plus grands industriels internationaux, mais seront difficiles à organiser avec les PME.Propos recueillis par Ingrid Seithume

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