Qualité et haut de gamme : deux échecs

Malgré ses indéniables réussites stratégiques, Louis Schweitzer aura essuyé deux ratages majeurs. La qualité des véhicules demeure insuffisante et, en corollaire, la percée dans le segment lucratif du haut de gamme comme des familiales de catégorie moyenne supérieure a échoué. Malgré les annonces à répétition sur la qualité enfin retrouvée, la fiabilité et la longévité demeurent le talon d'Achille de l'ex-Régie, une situation qui dure depuis... l'après-guerre. Méthodologies pas assez rigoureuses, processus de validation insuffisants, priorité au moindre coût, multiplication des gadgets high-tech, expliquent ces errements.Le lancement catastrophique de la Laguna II en 2001, les problèmes mécaniques sur le monospace Scénic I et son dérivé 4x4 le RX4, les pannes à répétition sur les diesels, ont exaspéré les clients. Ceux-ci s'inquiètent à présent d'éventuels dysfonctionnements des limitateurs de vitesse - non prouvés néanmoins à ce jour -, qui défrayent la chronique.Les récentes études du consultant américain J.D. Power outre-Rhin et outre-Manche notent ainsi clairement Renault en dessous de la moyenne des constructeurs mondiaux. Dans la dernière enquête réalisée par Motor Presse International auprès de 310.000 lecteurs de magazines automobiles en Europe, la firme au losange est classée, pour la fiabilité, au treizième rang sur dix-huit par les conducteurs de la marque en France. Les Allemands sont encore plus féroces dans cette étude, plaçant la marque à la 27e place sur 32. Moins de 20 % des 108.400 personnes sondées outre-Rhin sont satisfaites de la fiabilité des modèles Renault, contre 95 % pour Toyota, un peu plus de 50 % pour Nissan, 45 % pour Volkswagen. Loin derrière ses concurrents étrangers, la firme de Boulogne-Billancourt ne devance, de peu, que le groupe Fiat, Chrysler et Rover.En partie à cause de cette piètre réputation, mais aussi d'un parti pris esthétique volontairement provocateur, la montée en gamme du constructeur est restée un voeu pieux. Louis Schweitzer en est d'ailleurs directement responsable, puisqu'il a soutenu les choix extrêmes de son grand gourou du design, Patrick Le Quément. Ce pari du haut de gamme avait pourtant été bruyamment proclamé au début de la décennie, à grands renforts de discours marketing sur les "bourgeois bohèmes" censés délaisser Mercedes ou BMW pour les voitures branchées de la gamme au losange. Las. La limousine haut de gamme Vel Satis, aux lignes caricaturales, n'a été produite qu'à 8.361 unités l'an dernier, contre un objectif annuel de 50.000. Quant au coupé-monospace Avantime réalisé avec Matra, particulièrement excentrique et doté d'une finition bâclée, sa fabrication a été vite interrompue faute de clients, scellant par la même occasion le destin de l'usine de Romorantin.Fort sur les petits véhicules. Pourtant moins chère, la familiale Laguna II a également beaucoup déçu par ses piètres performances commerciales, demeurées très en deçà des objectifs. Finalement, seul le grand monospace Espace IV répond à peu près aux attentes. Renault reste donc essentiellement un constructeur de véhicules petits et compacts. A.-G. V.

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