Un duel de grands patrons haut en couleurs

L'ambiance promettait d'être explosive et personne n'a été déçu. Hier, à l'entrée de la maison de la Chimie, à deux pas de l'Assemblée nationale, une poignée de salariés d'Havas distribuent aux actionnaires des tracts : "Touche pas à mon Havas. Non au démantèlement." La démarche agace certains, en réjouit d'autres : les pro et les anti-Bolloré s'opposent déjà... Récit d'une journée haute en couleurs.Vincent Bolloré se serait, lui, présenté dès 8 h 30, entouré d'un bataillon d'une trentaine de conseillers. A 10 h 15, le PDG, Alain de Pouzilhac, souriant, bronzé mais tendu et visiblement ému, ouvre la cérémonie. "Il y a un an, nous avions pris des engagements devant vous et je suis heureux de vous dire qu'ils ont été tenus." Le président du comité de sélection et de rémunération, Thierry Meyer, a tenté de désamorcer la polémique sur les salaires des dirigeants. Visiblement sans succès. Il n'a pas été renouvelé au conseil hier, et les résolutions portant sur les attributions d'actions et de stock-options ont toutes été rejetées. Un actionnaire belge attaque Alain de Pouzilhac sur ses "avantages pharaoniques" et son parachute doré. Un point démenti par Thierry Meyer. Applaudissements, huées, rires : la salle est partagée et le manifeste bruyamment. Alain de Pouzilhac défend le refus du conseil d'ouvrir ses portes à Vincent Bolloré : "Il n'a jamais voulu préciser ses intentions. Des rendez-vous de la confiance entre nous ont été manqués." Une actionnaire individuelle s'étonne qu'un "grand groupe de communication ne parvienne pas à mieux communiquer avec son premier actionnaire"."Tension extrême". Deux heures et demi après le début de l'assemblée, l'homme du jour, Vincent Bolloré, invité par tous à s'exprimer, prend enfin la parole. "Je ne suis ni le loup ni Dark Vador", lance-t-il, un brin agressif, se défendant d'être un raider. Il attaque alors la campagne de communication de Havas depuis son arrivée dans le capital. "On est arrivé à une situation de tension extrême et, tant que ça durera, les concurrents de Havas en profiteront." Cinq heures et demie plus tard, le verdict tombe. Vincent Bolloré a réussi son pari. Son camp savoure la victoire. Les proches d'Alain de Pouzilhac peinent à cacher leur déception. Et très vite, la colère l'emporte sur le désarroi. "Que s'est-il passé, nos estimations nous donnaient gagnants ?" s'étonne un banquier. Alain Minc accapare Vincent Bolloré et multiplie les apartés, jusqu'à lui glisser à l'oreille les mots qu'il conviendrait de dire à la presse au sortir triomphal de l'AG : "N'oublie pas de parler des talents qui sont dans Havas." A la sortie de l'assemblée, Alain de Pouzilhac, sonné, confie à La Tribune : "C'est la vie, il y a des hauts et des bas..."S. B. et D. C.

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