Vers une "pause réflexion" sur la Constitution

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Ni remise du projet de Constitution européenne au placard de l'histoire, ni poursuite - "comme si de rien n'était" - de son processus de ratification par les treize Etats membres de l'Union qui ne se sont pas encore prononcés à ce jour. Une renégociation de la Constitution n'étant "pas envisageable" selon le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, c'est entre ces deux "options extrêmes" que le Conseil européen devrait chercher une sortie provisoire de la crise politique dans laquelle se trouve plongée l'Union. En adoptant vraisemblablement l'idée d'une "pause", lancée par Tony Blair dès le 30 mai et proposée formellement hier par le président de la Commission, afin que puisse être menée à bien une "réflexion approfondie" sur les causes de la crise et sur les moyens d'y répondre.Respecter les votes positifs. L'abandon du projet de traité n'a trouvé jusqu'ici qu'un seul défenseur : le président tchèque Vaclav Klaus. En revanche, nombreux étaient, jusqu'à il y a encore peu, les chefs d'Etat et de gouvernement partisans de la continuation du processus de ratification : Jacques Chirac et Gerhard Schröder, mais aussi leurs homologues espagnol, belge, grec, italien, maltais, polonais, hongrois, etc. Le président du Conseil européen, le luxembourgeois Jean-Claude Juncker, le président du Parlement européen, Josep Borrell, et José Manuel Barroso ont même lancé, par deux fois, un appel commun en ce sens. L'argument était qu'il fallait respecter les votes positifs déjà intervenus dans dix pays et ne pas priver d'expression les peuples ou les Parlements des treize autres Etats.Le changement de pied qui s'est amorcé et qui a de fortes chances de faire l'unanimité demain au Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement s'explique essentiellement par la claire perception du risque de "contamination" des opinions publiques de ces treize pays. La montée du non est, en effet, suffisante au grand-duché pour que Jean-Claude Juncker ait jugé nécessaire de mettre sa démission dans la balance avant le référendum du 10 juillet, et surtout au Danemark où le non caracole désormais au-dessus des 50 % des intentions de vote, lors de la consultation populaire du 27 septembre.Cela étant, si les vingt-cinq leaders européens se mettent d'accord pour décréter cette "pause", force leur sera encore de parvenir à s'entendre sur sa finalité et sur son usage. Compte tenu des tensions suscitées par la crise, des positions de force ou de fragilité des protagonistes, et des arrière-pensées réelles ou prêtées aux uns et aux autres, l'exercice s'annonce extrêmement difficile et délicat. On peut imaginer que certains membres du Conseil européen penchent pour une simple stratégie du dos rond, espérant que le temps apaise les passions et enraye l'effet dominos de la montée du non. D'autres chefs de gouvernement pourraient préférer embrayer sur la suggestion de José Manuel Barroso d'engager un "débat européen", à Bruxelles, mais aussi dans tous les pays. Dans cette perspective, la Commission mettrait sur la table après l'été une "feuille de route stratégique sur l'avenir de l'Union" autour de questions liées au "modèle social européen", à la croissance, à la sécurité, aux frontières futures de l'Europe, etc.Il n'est pas à exclure, enfin, que l'un ou l'autre leader privilégie une démarche permettant de mettre à profit cette "clarification" pour faire prévaloir sa propre conception du projet européen. Chacun pense, bien entendu, à Tony Blair qui s'est fait encore, hier devant la Chambre des communes, le chantre décomplexé d'un projet fondé sur une approche libérale de l'économie et le renforcement de la relation avec les Etats-Unis. M. D. et M. P.

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