Les opérateurs s'adaptent, à marche forcée

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La révolution Internet prend encore de l'ampleur. Après le commerce électronique et la musique, elle touche la voix. Les opérateurs de télécoms qui profitent aujourd'hui de l'engouement des consommateurs pour l'Internet à haut débit ne se voilent pas la face. "L'évolution est inéluctable", explique Didier Lévy, associé chez Mercer Management Consulting et spécialiste des questions sur le haut débit et la voix sur IP.Face à la montée en puissance d'un Skype qui, en quelques mois, a vu 54 millions d'utilisateurs se parler quotidiennement sur Internet, la bataille de la voix sur la Toile passe à un nouveau stade. Microsoft a racheté un des spécialistes de la voix sur IP, Teleo, Google lance son Google Talk. Aux États-Unis, Vonage vient de fêter son millionième abonnement payant à son système de téléphonie IP. De leur côté, les câblo-opérateurs profitent de l'Internet à haut débit et de la téléphonie pour accélérer leurs recrutements. Fin mars 2005, les câblo-opérateurs américains comptaient 911.000 abonnés "voix". Fin juin, ce chiffre était passé à 1,38 million. Dans le même temps, l'opérateur téléphonique américain Verizon perdait 518.000 clients. "Dans la tête des consommateurs, la minute de téléphone en national n'a pas de valeur en tant que telle. Elle s'inclut dans un forfait ou elle est gratuite", explique David Bitton, PDG et fondateur de Wengo, filiale de Neuf Telecom, le concurrent français de Skype. "Nous avons un pied dans les deux mondes, celui de Skype pour les communications de PC à PC et celui des opérateurs avec un forfait d'appels illimités sur Internet avec son téléphone." En France, Free, Club-Internet, Alice et même France Télécom proposent désormais des forfaits intégrant téléphonie sur IP et haut débit (voire télévision). Neuf Télécom cumule son offre de téléphonie et de haut débit avec celle de Wengo, qui compte 25.000 abonnés dont 11.000 payants en huit mois d'activité. Et David Bitton de remarquer que son service de vidéo est déjà prêt, que Wengo tourne sous Linux et bientôt sous Mac "grâce aux développeurs du monde des logiciels libres tandis que Skype est un logiciel propriétaire"."Les deux voies pour maîtriser cette concurrence, c'est d'un côté une offre de téléphonie sur IP et de l'autre le passage aux forfaits de communications", explique Jean-Charles Doisneau, associé chez Ovum. C'est exactement la stratégie de France Télécom : d'un côté l'opérateur compte 326.000 abonnés payants (10 euros par mois) à son offre de voix sur Internet, de l'autre, il a lancé cet été ses offres "100 % illimité". Si les revenus tirés de la voix diminuent, les opérateurs - tout comme Skype ou Wengo - comptent sur les services (sonneries personnalisées, messagerie, numéro personnalisable), pour que la facture de l'abonné reste stable.Marion RojinskyÉcoutes et localisations impossiblesLa polémique est née aux États-Unis. Comment fait-on pour appeler les secours (Life Line ou "ligne de vie" aux États-Unis) quand on ne dispose plus que de téléphonie sur Internet ? "On prend son mobile", répond sans rire l'un des acteurs du secteur. En effet, la téléphonie sur IP ne permet pas aujourd'hui de localiser l'abonné. Les services de secours ne peuvent donc pas authentifier l'appel. En France, le régulateur n'a pas fixé d'obligation aux services de téléphonie sur Internet tant qu'ils sont couplés à l'accès haut débit. Avant même que ce problème ne soit réglé, les Américains (et les Chinois d'ailleurs pour d'autres raisons) s'inquiètent : comment écouter - même légalement - les communications de personnes surveillées ? Pour l'instant, la réponse est simple : on ne peut pas.

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