Grande-Bretagne : la campagne électorale est lancée

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Il reste environ dix mois aux deux principaux partis politiques en présence pour convaincre l'électorat britannique, mais déjà les conservateurs comme les travaillistes se rangent en ordre de bataille en vue des prochaines élections générales, l'échéance électorale la plus importante pour le Royaume-Uni. En témoignent le lancement d'une nouvelle campagne de marketing politique par les tories, laquelle s'annonce agressive et coûteuse, et la publication demain jeudi par les travaillistes d'une pré-plate-forme électorale, un document clé dans lequel Tony Blair a concentré la quintessence du nouveau Labour. Un parti qu'il a entièrement remodelé à son image depuis qu'il en a pris les rênes il y a deux ans, et dont il a su faire une redoutable machine à conquérir le pouvoir. Deux initiatives qui ont entre elles un lien direct, non seulement dans leur timing mais aussi dans leur concept. Mise au point par Maurice Saatchi, Tim Bell et Peter Gummer, trois compères que l'on trouvait déjà dans les coulisses de la plupart des campagnes de Margaret Thatcher, la nouvelle offensive médiatique des conservateurs coûtera au bas mot 8 millions de livres (près de 65 millions de francs, un montant sans précédent), et déclinera ses messages à partir du slogan « Nouveau Labour... nouveaux dangers ». Pour le parti de John Major, cette campagne constitue l'aveu implicite d'une défaite. Les conservateurs admettent par là même ne pas avoir réussi à persuader l'électorat que le Parti travailliste était toujours en proie à ses vieux démons (étatisation, déficit budgétaire, inflation galopante, fiscalité confiscatoire, etc.). Tony Blair, en faisant disparaître la clause 4 des statuts du mouvement (celle qui prévoyait la nationalisation systématique des moyens de production), en réduisant le pouvoir des syndicats, en affirmant sa conversion définitive aux préceptes de l'économie de marché a bel et bien imposé l'idée d'un nouveau Parti travailliste devenu réellement apte à gouverner le pays, obligeant les tories à revoir leur pré-campagne autour de ce constat. Il devra réaffirmer tous ces principes en publiant aujourd'hui son manifeste. Mais dans ce processus de refondation, le jeune leader du Labour s'est fait beaucoup d'ennemis, non seulement parmi les anciens apparatchiks du mouvement, mais aussi parmi les députés, comme on vient de le voir à la suite du changement de tactique opéré sur la question de l'autonomie (partielle) qui serait accordée à l'Ecosse et au Pays de Galles en cas de victoire travailliste. Très critiqué par John Major qui voit là le ferment d'une véritable guerre civile, Tony Blair a pris ses précautions en annonçant que les populations concernées seront consultées par le biais d'un référendum, alors qu'il s'était toujours prononcé en faveur de l'automaticité de ces dispositions. Un revirement effectué sans consulter les instances du mouvement. Il n'en fallait pas plus pour que plusieurs députés travaillistes qualifient une nouvelle fois le comportement de leur leader d'« autoritaire », voire de « stalinien ». Les conservateurs ont entrepris d'exploiter cet apparent déficit démocratique chez leurs adversaires, avec quelque succès : pour la première fois, l'avance considérable des travaillistes dans les intentions de vote a commencé à se réduire, passant de 34,5 points fin mai à 21 points fin juin selon les sondages réalisés par l'institut Mori pour le Times. Michel Roland, à Londres

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