Politique européenne : audacieux à l'Ouest, circonspect à l'est

 |   |  663  mots
Tenté par les Croix-de-Feu en 1934, résistant à l'occupant allemand dix ans plus tard, ministre des Anciens Combattants en 1948 lors du premier Congrès européen réunissant Winston Churchill et Konrad Adenauer, ministre de l'Intérieur de Mendès France lors de l'échec du projet de Communauté européenne de défense (CED), François Mitterrand a été un demi-siècle durant acteur de premier plan de l'aventure européenne. Parvenu au sommet de l'Etat, il défendit avec vigueur et ténacité « plus d'Europe », au risque de devoir renier certains de ses engagements d'« homme de gauche » français. Comme ses prédécesseurs, il sut fonder sur l'axe Paris-Bonn, qu'il enrichit à son tour, l'essentiel de sa stratégie européenne. Celui qui se plaisait à qualifier les Etats-Unis « d'Amérique » pour mieux souligner que ceux d'Europe étaient en route n'eut pourtant pas pour première priorité, en mai 1981, de reprendre le flambeau communautaire volontariste que lui laissait en dot Valéry Giscard d'Estaing. Il se satisfit, dans un premier temps, d'appeler, dans le désert, à la constitution d'une « Europe sociale », et de mettre en péril l'héritage monétaire du SME en laissant Pierre Mauroy pratiquer une relance économique isolée dans un contexte de sévère ralentissement mondial. Au point que, confronté à un mur de l'argent en béton armé, le franc fut dévalué trois fois de mai 1981 à mars 1983. C'est pourtant de cette année-là que date le « virage bruxellois » de François Mitterrand. Le 20 janvier, le président français prend position devant le Bundestag en faveur de l'implantation sur le sol allemand de Pershing II face aux SS20 soviétiques. Par son slogan « les pacifistes sont à l'ouest, les euromissiles à l'est », il s'assure l'amitié indéfectible d'Helmut Kohl et ancre définitivement l'axe franco-allemand. Trois mois plus tard, le 25 mars, face aux tenants de l'« autre politique » - à l'époque Bérégovoy, Fabius et Chevènement -, le président choisit le camp des orthodoxes, mené par Jacques Delors. La politique du « franc fort », induisant une convergence économique de nature à permettre un jour l'avènement d'une monnaie unique, était née. François Mitterrand ne démordrait plus, les onze années suivantes, de ce choix qui de facto impliquait une politique économique et sociale au minimum « néo-libérale ». On connaît la suite, le marché unique, signé à douze en février 1986 puis le traité de Maastricht conclu en décembre 1991. Acteur à part entière de la construction communautaire, François Mitterrand ambitionnait sans doute de jouer un rôle équivalent dans le rapprochement de l'Ouest et de l'Est européen. En témoigne sa subtile diplomatie des années 1985-1989. Une action faite d'ouverture aux dirigeants communistes en quarantaine - ainsi sa réception « privée », le 4 décembre 1985, du général polonais Jaruzelski qui avait tant « troublé » Laurent Fabius - ou de gestes symboliques en direction des dissidents, comme ce petit déjeuner à Prague, en décembre 1988, avec Vaclav Havel. Las ! François Mitterrand allait être rattrapé - certains diront dépassé - par l'Histoire, celle qui s'écrivit à partir de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989. Très réticent face au processus de réunification accélérée de l'Allemagne, il passa, aux yeux des jeunes démocraties de l'Est, pour un temporisateur en présentant, fin 1989, son projet de « confédération européenne », très en phase avec la Maison commune de Mikhaïl Gorbatchev. Soutien indéfectible de ce dernier en ignorant la légitimité montante de Boris Eltsine, il eut pourtant une attitude singulièrement attentiste lors de l'annonce du putsch de Moscou en août 1991 en déclarant qu'il fallait juger le nouveau pouvoir « sur ses actes ». Une maladresse plus qu'une véritable erreur sans doute. Mais on en retiendra durablement que, à la différence de Charles de Gaulle, François Mitterrand n'aura pas « fait » l'histoire. Boris Durande et Daniel Vigneron

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :