Le Floch, tabou

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« Ça s'est traité à l'Elysée, ça se dénouera à l'Elysée », résume-t-on au gouvernement. Alors que Matignon et le ministère des Transports lui auraient préféré Louis Gallois, patron d'Aerospatiale, la décision de nommer Loïk Le Floch-Prigent à la tête de la SNCF est venue du sommet de l'Etat. Fallait-il qu'il y ait de bonnes raisons pour oser afficher une préférence pour un patron menacé de délicatesse avec la justice ! « Il a fait avancer les dossiers comme personne. Ses résultats ont justifié le choix de l'Elysée. Alors, maintenant, on se tait dans les rangs. » Normalement, les militants gaullistes auraient dû faire des gorges chaudes de la mise en examen, corsée par un placement en détention, d'un patron de gauche parmi les plus marqués. Parmi la trentaine de grands patrons qui ont eu à connaître les mêmes affres, ils sont malgré tout peu nombreux à être passés par une cellule. Mais personne ne glose ni ne s'indigne dans la majorité. Alain Juppé lui-même ayant adopté la plus extrême prudence en insistant sur la présomption d'innocence dont doit bénéficier toute personne mise en examen, le refus de démissionner du président de la SNCF n'a déclenché aucun tollé au RPR ni à l'UDF. Ce silence intrigue. Dans les ministères, on continue de commenter le sujet à voix basse. Et c'est presque sur le ton de la confidence qu'on reconnaît réfléchir à qui pourrait reprendre les commandes de la SNCF... éventuellement... si le retour du président embastillé s'avérait impossible. Comme si tout le monde avait oublié que l'affaire Bidermann colle toujours aux basques de l'ancien patron d'Elf Aquitaine. Comme si l'épée de Damoclès qui pendait au-dessus de sa tête il y a six mois et que Jacques Chirac avait refusé de voir, avait pu disparaître. Comme si personne au gouvernement n'avait su que, depuis quinze jours au moins, la convocation du juge Eva Joly était prête à tomber. La réserve obligée dont profite Loïk Le Floch-Prigent ne tient pas seulement à son mérite d'avoir renoué le dialogue social à la SNCF. Par la grâce élyséenne, Le Floch est tabou. Et la protection dont il a joui n'est pas loin de devenir une affaire d'Etat. Car une question reste posée : pourquoi ?

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