« Bibi » Nétanyahou attaqué sur tous les fronts

Benyamin Nétanyahou tente de mener une politique dure avec un gouvernement faible. Intransigeant, le Premier ministre israélien n'a pour l'instant pas assoupli d'un iota ses positions sur le processus de paix. Mais sur le front intérieur, son cabinet, constitué il y a à peine quelques semaines, est menacé à nouveau de déstabilisation par le grand absent du gouvernement, Ariel Sharon. Hier, David Levy, ministre des Affaires étrangères, a provoqué un véritable coup de théâtre. Il a annoncé qu'il démissionnerait lundi, jour où Benyamin Nétanyahou doit entamer un voyage vital aux Etats-Unis, si Ariel Sharon n'obtenait pas un portefeuille. Plus embarrassant encore, David Levy a lancé cette bombe politique devant les caméras, lors d'une réunion de députés de la majorité, en présence de Benyamin Nétanyahou, qui a été totalement pris de court. L'ultimatum a apparemment eu l'effet escompté. Benyamin Nétanyahou a annoncé qu'il ferait tout pour convaincre les ministres des Transports, de l'Energie, de l'Agriculture et de la Défense d'abandonner la gestion de certains de leurs services en vue de créer un super-portefeuille des Equipements et Infrastructures, taillé sur pièces pour Ariel Sharon. Selon la plupart des commentateurs, Benyamin Nétanyahou n'a pas le choix, s'il ne veut pas gâcher sa visite aux Etats-Unis, où il espère recevoir une consécration internationale. En fait, les marchandages porteront surtout sur des questions de pouvoir et non sur de réelles divergences politiques. Benyamin Nétanyahou reste, pour le moment, inflexible. Il n'a toujours pas donné le feu vert au redéploiement de l'armée israélienne dans la ville palestinienne d'Hébron, en Cisjordanie, contrairement aux accords conclus avec Yasser Arafat. Plus inquiétant encore, le Premier ministre refuse de reconnaître le principe de la paix en échange des territoires conquis par Israël en 1967, qui a jusqu'à présent été la base du processus de paix. Pour lui, la sécurité est le maître mot. Il a d'ailleurs lancé une violente campagne contre la Syrie, accusée de soutenir les « organisations terroristes », et l'Autorité palestinienne, qui ne fait pas « tout ce qu'elle peut pour lutter contre les intégristes du Hamas ». Le Premier ministre a en outre l'intention de présenter à Bill Clinton une liste de violations des accords dont l'Autorité palestinienne se serait rendue coupable. Seule petite lueur d'espoir, « Bibi » Nétanyahou se dit prêt à poursuivre un dialogue avec Yasser Arafat, mais tout porte à croire que le président américain, qui se veut le parrain du processus de paix, ne se contentera pas d'un geste aussi limité de la part du responsable israélien. Autre souci pour Benyamin Nétanyahou : son mystérieux passé aux Etats-Unis. Il a vécu onze ans dans ce pays et pris la nationalité américaine avant d'y renoncer récemment. Or la presse a révélé que quatre noms différents figuraient dans son dossier d'assurance sociale américaine, qui est en outre classé confidentiel. Une procédure exceptionnelle utilisée en général pour protéger les agents de la CIA, du FBI et de l'administration fiscale. Aussitôt, l'opposition travailliste s'est engouffrée dans la brèche et a demandé des explications, que le Premier ministre a refusé de donner pour le moment. PASCAL LACORIE, À JÉRUSALEM

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