Boris Eltsine, même fatigué, reste favori

Jusqu'au dernier jour de la campagne électorale, la bataille aura été très dure. D'un côté, Guennadi Ziouganov et les communistes, en général, ont été diabolisés par les chaînes de télévision. Et, de l'autre, Boris Eltsine qui a terminé ce marathon physiquement affaibli. Les spéculations sur son état de santé ne sont pas du goût des milieux financiers. En deux séances, vendredi dernier et lundi, la Bourse de Moscou a plongé de plus de 13 %. Le retour du président sortant à la télévision a calmé les esprits, l'indice RTS de la Bourse moscovite reprenant hier 5,4 %. La veille du scrutin a surtout été marquée par la fracassante « sortie » du général Alexandre Lebed, secrétaire du Conseil de sécurité, qui a réclamé hier les pleins pouvoirs en matière de sécurité, concept dont il a visiblement une vision très élargie puisqu'elle englobe, à ses yeux, l'économie. « Pour l'instant, nous nous chargeons de convaincre, bientôt nous passerons à la coercition », a menacé celui qui s'affirme chaque jour davantage comme l'homme fort de Moscou, au programme centré sur la lutte contre la corruption et la restauration des valeurs militaires. Lebed s'en prend aux services spéciaux russes Dans les propositions qu'il a présentées hier, Lebed n'a pas hésité à développer des thèmes contradictoires : « La lutte pour l'économie de la Russie doit se dérouler à l'état-major du FMI », a-t-il soutenu avant de déclarer que Moscou « a besoin de sa propre voie historique réaliste, d'une politique de bon sens et de pragmatisme ». Le général Lebed, fort de ses 15 % des suffrages obtenus au premier tour, de la confiance affichée par Boris Eltsine et de l'étendue de ses nouvelles fonctions, s'en est pris aux services spéciaux russes, dont les « possibilités » doivent être « accrues », et aux barons de l'énergie « dans l'entourage du président », qui se sont « sentis si indépendants de l'Etat qu'ils ont commencé à mener leurs propres politiques budgétaire, financière et régionale ». S'il est bien sûr trop tôt pour juger de l'impact électoral de ce programme musclé du nouveau bras droit d'Eltsine, force est de constater que l'entre-deux tours s'est révélé très éprouvant pour le président sortant. Après avoir remporté, le 16 juin, plus de 35 % des voix, le chef du Kremlin avait pensé mettre toutes les chances de son côté en se ralliant le soutien de Lebed. Mais il a dû gérer, dans son propre camp, une lutte politique qui a éclaté au grand jour et qui s'est terminée par le limogeage de trois faucons accusés par les libéraux d'avoir tenté d'annuler les élections. Les médias ont dissimulé l'éclipse de Eltsine La campagne électorale d'Eltsine a d'ailleurs été réduite à la plus simple expression, la « fatigue » et une « extinction de voix » venant s'ajouter à ces péripéties et servant de prétexte officiel à l'annulation de tous ses déplacements en province. Les médias ont néanmoins très habilement dissimulé cette éclipse et ont pu, in extremis, diffuser un message télévisé du président sortant. « Je vous demande de laisser de côté vos occupations, le 3 juillet, a-t-il lancé lundi aux électeurs. Allez voter, votez pour la nouvelle Russie. C'est seulement ensemble que nous vaincrons. » Car la mobilisation de l'électorat sera l'élément décisif de ce deuxième tour qui a été organisé dans les plus brefs délais, de peur que les électeurs ne partent en vacances. Plus la participation sera forte aujourd'hui, plus elle tournera à l'avantage de Boris Eltsine. C'est la seule chose dont soient sûrs les instituts de sondages. Bien que les dernières enquêtes donnent une confortable avance, entre 11 et 22 points, au président sortant, l'écart final devrait être nettement plus serré. Les instituts de sondage, qui avaient largement sous-estimé le score du général Lebed au premier tour, corrigent en effet leurs propres données. Selon VTsIOM, Boris Eltsine obtiendrait ainsi entre 54 et 58 % des voix et Guennadi Ziouganov entre 37 et 41 % des voix, Romir prévoyant, lui, un score de 50 % contre 47 %. Jirinovski appelle à voter « contre tous » Le candidat des « forces populaires patriotiques », qui avait recueilli 32 % des voix au premier tour, ne paraît donc pas en position d'inquiéter celui qui se présente, à 65 ans, comme le champion de la démocratie et des réformes. Ziouganov s'est bien évertué à occuper le terrain médiatique, aux mains du camp eltsinien. Au lieu de continuer à sillonner la Russie, le chef du PC russe est resté à Moscou, multipliant les conférences de presse et montrant sa bonne forme en participant à un match de volley-ball. Mais sa proposition de former un « gouvernement de confiance nationale » a tourné court. Les candidats malheureux du premier tour ont ignoré son appel. Vladimir Jirinovski s'est détourné des communistes et a appelé, par dépit, ses électeurs à « voter contre tous ». Quant au réformateur Grigori Iavlinski, qui avait obtenu 7 % des voix, même s'il ne veut pas ouvertement soutenir Boris Eltsine, il reste fermement opposé à toute alliance avec les communistes. Brigitte Beullac à Moscou

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