La fiscalité dans la tourmente des déficits européens

C'est officiel : l'Allemagne n'est plus vertueuse. L'office fédéral de statistiques de Wiesbaden a annoncé, hier, que le déficit de ses finances publiques avait atteint, en 1995, 3,6 % du PIB. Un véritable tête-à-queue par rapport aux 2,5 % réalisés en 1994 et, surtout, un mauvais présage pour 1996 où le taux d'expansion pourrait être divisé par deux par rapport au 1,9 % de 1995. Bref, jusque-là incongrue, l'hypothèse devient plausible : fin 1997, Bonn ne sera peut-être pas en mesure de respecter le plus « voyant » critère de participation à l'union économique et monétaire, celui d'un déficit public inférieur à 3 %. L'Allemagne rejoindrait ainsi la cohorte des pays qui, sous le coup du ralentissement économique général, auront bien du mal à respecter le seuil fatidique : l'Espagne, le Portugal, la Belgique, l'Autriche, la Suède et, bien sûr, la France. Sans parler même de l'Italie et de la Grèce qui sont hors course. Pour tenter de prévenir les dérapages qui se produisent actuellement, la plupart des pays s'étaient pourtant engagés, ces deux dernières années, dans une politique de compression de la dépense publique via des réformes visant notamment à réduire le coût de la protection sociale. Las, l'inertie des rouages du « welfare state » en Europe ainsi que les fortes résistances des acteurs sociaux expliquent que les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances ou des efforts réalisés. En outre, avec la rechute de la croissance, le chômage repart à la hausse, entraînant de nouvelles charges sur la collectivité. Il n'est donc pas étonnant que l'autre volet d'une nouvelle politique fiscale en Europe, orientée vers l'offre et prenant la forme d'un recul des prélèvements obligatoires, se trouve remise en cause. Se souvient-on des stratégies énoncées il y a un an ? En Allemagne, le gouvernement venait d'annoncer 110 milliards de marks (380 milliards de francs) d'allégements fiscaux d'ici à l'an 2000 ; en France, le candidat Jacques Chirac marquait des points dans les sondages en affirmant - en parfait reaganien - que la baisse des impôts, stimulante pour l'activité, se traduirait par une réduction des déficits publics ; en Espagne, Jose Maria Aznar, l'étoile montante du Partido Popular, adoptait la même approche ; en Grande-Bretagne enfin, John Major jurait ses grands dieux qu'après deux années d'aberrantes hausses d'impôts, le retour au moins d'Etat serait réalisé dès que possible. Mais le dérapage budgétaire de 1995-1996 devait limiter à 3 milliards de livres (23 milliards de francs) les coupes annoncées en novembre dernier, strictement compensées par une baisse équivalente des dépenses. En Allemagne, la pression fiscale nette ne diminuera en 1996 que de 14 milliards de deutsche marks (48 MF) et le chancelier a rejeté mercredi la demande des libéraux de supprimer « dès que possible » l'impôt solidarité pourtant prélevé à titre provisoire. En France, les baisses d'impôts promises se sont transformées en une augmentation annuelle de un point de PIB des prélèvements fiscaux. L'Espagnol Aznar en a tiré - tardivement - la leçon, en annonçant mercredi soir que les baisses d'impôts attendraient que le déficit soit jugulé. En somme, devant le coût politique d'un dérapage des déficits, la plupart des Européens ont renoncé à stimuler l'activité par la fiscalité. Et, comme le souligne le commissaire européen au marché intérieur, Mario Monti (voir page 4), les gouvernements imposent le travail plutôt que l'épargne faute d'un minimum d'harmonisation en la matière. Car la concurrence s'exerce sur ce qui est mobile : les capitaux. Le remède serait donc européen ? Compte tenu du marasme actuel, l'heure n'est guère propice à l'unanimisme. DANIEL VIGNERON

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