Premier budget social pour le Labour

Kenneth Clarke avait sa flasque de whisky près de son document. Gordon Brown, lui, a préféré la bouteille d'eau... ce qui a l'avantage de coller à son image d'homme austère.n présentant le premier budget travailliste depuis dix-huit ans, le chancelier de l'Echiquier savait qu'il passait là son premier test d'importance devant une population britannique prête à juger, sur pièces, si les promesses de campagne ont été tenues. « Equiper la Grande-Bretagne pour son avenir à long terme » : le titre du document fait penser à un manifeste électoral, à ceci près qu'il ne contient pas des voeux pieux mais des mesures concrètes et chiffrées. Mais Gordon Brown devait aussi satisfaire à la rigueur budgétaire. Le « chancelier de Fer » - dont le prochain budget ne sera présenté qu'en avril 1998 - n'a pas déçu : globlement, le resserrement fiscal atteindra 5,5 milliards de livres cette année, et 4,75 milliards l'an prochain, pour une croissance estimée à 3,25 % en 1997 et à 2,5 % en 1998, avec une inflation sous-jacente proche de 2,5 % en 1997 et de 2,75 % en 1998. Suppressions ou réductions. Finalement, les besoins d'emprunt du secteur public (PSBR) sont évalués à 13,25 milliards de livres pour 1997-1998, et à seulement 5,5 milliards pour 1998-1999 (sans tenir compte de l'effet de la windfall tax et des dépenses allouées au programme de lutte contre le chômage des jeunes. Les suppressions ou réductions d'avantages fiscaux constituent en effet un gros du bataillon, auquel s'ajoutent les hausses de taxes diverses. Accusé d'encourager les entreprises à payer des dividendes plutôt qu'à réinvestir leurs profits, le crédit d'impôt sur les dividendes (ou Advance Corporate Taxe) est ainsi aboli dès cette année pour les fonds de pension ou les sociétés et à partir d'avril 1999 pour les autres ; la réduction d'impôt accordée aux personnes de plus de 60 ans qui souscrivaient une assurance médicale privée disparaît (la mesure coûtait 140 millions de livres par an et était peu incitative) ; la réduction d'impôt sur les emprunts immobiliers est ramené de 15 % à 10 % ; les droits d'enregistrement sont augmentés, avec effet immédiat, de 1 % à 1,5 % pour les ventes immobilières supérieures à 250.000 livres et de 1 % à 2 % sur les biens au-dessus de 500.000 livres ; la taxe sur l'essence est relevée avec effet immédiat, de même que la taxe sur le tabac. Sociétés montrées du doigt. « S'il s'agit de ne pas dépenser plus, il faut dépenser mieux », aime à répéter Gordon Brown. Le Labour avait promis la priorité à l'éducation et à la santé, et 2,3 milliards de livres et 1,2 milliard de livres respectivement seront allouées aux écoles et au National Health Service l'année prochaine. Il avait promis un plan de lutte contre le chômage des jeunes et le chômage de longue durée et ce programme sur cinq ans, nommé From Welfare to Work, sera comme prévu financé par l'imposition d'une taxe exceptionnelle sur les bénéfices « excessifs » des sociétés privatisées, dont les noms ont - enfin - été communiqués : BAA, British Energy (à présent BG Plc et Centrica), British Telecom, National Power, Northern Ireland Electricity, Powergen, Scottish Hydro, Scottish Power, Railtrack et quelques autres compagnies régionales d'électricité et d'eau privatisées récemment. Chômeurs « remotivés ». D'un montant global de 4,8 milliards de livres (soit le haut de la fourchette prévue), cette taxe, prélevée en deux fois (les 1er décembre 1997 et 1998), ira au Welfare to Work à hauteur de 3,5 milliards de livres, le solde constituant une partie de l'allocation à l'éducation. En échange de son aide, le gouvernement exigera des jeunes au chômage depuis six mois ou plus qu'ils choisissent entre quatre options, plus rémunératrices que l'allocation qu'ils perçoivent. « Il n'y aura pas la cinquième option de rester à la maison », a fermement déclaré Gordon Brown. L'encouragement à passer de l'assistanat au travail vise également les parents célibataires. Quelques cadeaux. S'il s'est efforcé de satisfaire les aspirations sociales des Britanniques, le Labour n'a pas oublié qu'il veut rester le « parti du business ». Les entreprises ont également reçu quelques cadeaux fiscaux, justifiés par le souci de Gordon Brown de favoriser l'investissement à long terme. L'impôt sur les sociétés est réduit de 33 % à 31 % (l'un des taux les plus bas des pays industrialisés), avec effet rétroactif au 1er avril 1997. Pour les petites et moyennes entreprises, ce taux passe de 23 % à 21 %, tandis que la réduction d'impôt sur les investissements en machines, dont elles bénéficient la première année, est doublée (avantage chiffré à 230 millions de livres cette année et 170 millions l'an prochain). Nava Dahan, à Londres

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