Les incertitudes de la réforme de la recherche inquiètent les scientifiques

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Après plusieurs tours de table entre directions des ministères concernés et acteurs de la recherche, les chercheurs disent n'avoir reçu pour l'heure aucune assurance précise sur le calendrier de la loi d'orientation et de programmation de la recherche (LOP). Une chose est sûre, "l'approfondissement de la concertation", selon les termes de Gilles de Robien, ministre de la Recherche, doit se terminer fin juillet par une réunion plénière avec les ministres. La nouvelle version du projet de loi sera connue en septembre, au moment de sa présentation au CES et en Conseil des ministres. L'examen au Parlement est prévu avant la fin de l'année. "Les ministres n'étant pas maîtres des débats à l'Assemblée, il est vraisemblable que les décrets d'application ne seront pas prêts avant le printemps 2006", craint un représentant du collectif "Sauvons la recherche" (SLR), soupçonnant le gouvernement de vouloir faire traîner jusqu'à la campagne électorale pour finalement enterrer le projet. Recherches sur projets. Le noeud gordien reste la mission de l'ANR (Agence nationale pour la recherche), dont le nouveau ministère a annoncé qu'elle serait pourvue de 240 millions d'euros supplémentaires, ce qui portera son budget 2006 à 590 millions d'euros. La vocation de cette agence est de financer les recherches sur projets. A la mi-juillet, 5.000 pro- jets sont déjà examinés par les experts. Les deux cinquièmes sont des projets "libres", c'est-à-dire non thématiques. Un quart des projets devraient être retenus au mois de septembre.Les chercheurs avaient souhaité qu'à la place de l'Agence soit créé un comité géré par les scientifiques qui redistribuerait les crédits aux organismes. Ils reprochent au gouvernement d'avoir fait passer la création de l'ANR à la va-vite alors que, dans le même temps, la loi d'orientation et de programmation pour la recherche était sans cesse reportée. Aujourd'hui, constatant l'importance qu'elle prend sur le plan financier, ils évoquent le risque que les organismes n'aient plus aucun rôle à jouer dans les orientations scientifiques à venir. "Les chercheurs ne pourront développer des recherches qu'en répondant aux différents appels d'offres", souligne le Syndicat national des chercheurs scientifiques SNCS-FSU. Pour ces derniers, c'est l'avenir du CNRS qui est en jeu.Plutôt satisfaits de l'écoute dont fait preuve Jean-Marc Monteil, directeur de l'enseignement supérieur chargé de la concertation, les chercheurs ne veulent pas être dupes. D'abord parce que les interlocuteurs techniques n'ont pas de mandat. Ensuite parce que "le gouvernement actuel est dans une logique de court terme et de soutien au privé", affirme Alain Trautmann, interrogé par La Tribune.Audit. Comprenant que les chercheurs ont besoin d'être sécurisés, le ministre de l'Education, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ne veut cependant donner aucune certitude, et préfère prôner une "méthode d'actions discrètes" et "d'évolution tranquille". Après avoir expliqué que les 240 millions supplémentaires "ne peuvent être assimilés à des crédits budgétaires car ils proviennent des cessions d'actifs", le ministre a fini par lâcher du lest. Craignant le clash avec les chercheurs, ce dernier a admis qu'une "partie significative" des crédits de l'ANR serait attribuée à des projets portés par les organismes.Côté chercheurs, on veut maintenant des garanties. SLR demande que la croissance du budget de l'ANR dans la période à venir soit conditionnée par la résultat d'un audit sur son fonctionnement. La bataille sur les chiffres de la recherche devrait aussi reprendre, et en particulier sur la réalité concrète du financement. "Nous voulons une vraie LOP, avec 1 milliard de plus en 2006", a fait savoir mercredi SLR.Henri-Edouard Audier, membre du conseil d'administration du CNRS, a fait le calcul : 1. - Sur les 380 millions du budget (crédits de base), seraient prélevées les conséquences de + 1,8 % de hausses de salaires de la fonction publique, soit 120 millions, "qui ne sont pas des mesures nouvelles", précise-t-il. La question est également de savoir si les 3.000 postes supplémentaires accordés pour 2006 seront prélevés sur le budget. 2. - Sur les 280 millions extra- budgétaires, soit les 40 millions de l'Anvar et les 240 millions de l'ANR, une partie risque, selon SLR, d'aller à des applications industrielles dans le cadre des pôles de compétitivité. Or les chercheurs estiment qu'ils devraient servir à accroître les moyens des organismes et des universités. 3. - Restent les 340 millions de crédit d'impôt recherche (CIR) et autres mesures fiscales qui ne devraient pas, selon Henri-Edouard Audier, être intégrés dans le milliard pour la recherche. "Il est déjà décompté dans l'effort de recherche des entreprises." Pourtant le CIR, additionné au milliard attribué par l'Agence pour l'innovation (AII) de Jean-Louis Beffa, "ferait une aide au privé de 2 milliards en 2006, soit 4 fois la somme allouée consacrée à la recherche publique et à l'enseignement supérieur", précise le directeur de recherche.Yan de Kerorguen

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