Quand les syndicats testent le blog

Bien souvent réduits à la mise en ligne de tracts, la plupart des sites Web à l'estampille de centrales syndicales sont aujourd'hui fermés ou en sommeil profond. Trop coûteux et trop lourds à administrer pour les tirelires, les ressources et les compétences des élus au sein des entreprises.La réconciliation de la culture syndicale et des pratiques numériques passera-t-elle par le blog ? Si les syndicats négocient dans le cadre d'accords d'entreprise les modalités d'utilisation des intranets, les directions refusent généralement l'interactivité et les forums. Le blog, outil de publication et d'échange léger, gratuit, simplissime dans sa gestion technique, ouvert et accessible à tous, présente ici des perspectives intéressantes. "C'est un moyen d'information et de communication sans commune mesure avec ce qui existe aujourd'hui. Les blogs vont redonner une légitimité aux syndicats en les décantonnant de leurs locaux et en leur offrant un champ d'expression ouvert, diffus, collaboratif et vivant", soutient Christophe Ginisty, directeur de la rédaction du site pointblog.com.Réflexion au point mort. Pourtant, force est de constater que le blog syndical peine autant à s'affirmer dans les entreprises qu'il intrigue leurs dirigeants. Si le secteur des nouvelles technologies est le plus perméable au phénomène, la délégation générale de Syntec Informatique, tout en admettant l'enjeu imminent du "blogging" syndical, reconnaît n'avoir pas encore amorcé de réflexion construite quant aux positions que doivent et devront adopter les entreprises adhérentes. Du côté des syndicats de salariés, pas mieux. Alors que, à la CGT, la réflexion en est au point mort, on avoue côté CFDT un certain embarras face à un média dont l'immédiateté peut aliéner la réflexion. "C'est avec les intranets que le syndicalisme on line est aujourd'hui le plus avancé, parce qu'il y a des ressources et des moyens. Mais nous encourageons le blogging dans les entreprises", affirme pour la CFTC Laurent Tertrais, responsable de l'activité Web. Le projet de refonte du site confédéral comprend d'ailleurs une plate-forme de création de blogs.Sur le terrain, le blog apparaît comme une soupape nécessaire, à défaut d'être suffisante. "Le désengagement des salariés en matière syndicale nous oblige à réfléchir à de nouvelles formes de communication. Aujourd'hui, les gens ne veulent plus aller dans un local à la rencontre des délégués, et préfèrent rester dans l'anonymat", affirme Bernard Piron, délégué CFTC de Solectron France. Pourtant, à peine trois mois après avoir ouvert son blog, sous la pression des salariés en demande d'information quant aux plans sociaux qui frappent le groupe, la section CFTC du sous-traitant électronique s'interroge sur la pertinence de l'outil. "C'est devenu un défouloir, avec des propos qui versent dans l'excès, le dénigrement ou l'injure."Manipulation. À entendre le délégué syndical, l'utilisation la plus judicieuse du blog serait finalement celle de la direction, qui en a fait un outil de veille sur l'état des forces et du climat syndical au sein de ses salariés.Place d'expression ouverte par excellence, le blog se prête à tous les risques liés à un manque de contrôle quant au contenu des données qu'il abrite, quant à la forme des propos tenus et quant à l'origine de l'information hébergée. Parmi ces risques, et non des moindres : la manipulation. La déontologie de la "blogosphère" prône la régulation. Reste aux salariés et à leurs représentants à responsabiliser leur utilisation de ce média d'une nouvelle génération.Muriel JaouënUn média soumis à la loi sur la presse"La réglementation limite le champ du mandat syndical en entreprise aux strictes frontières de l'entreprise. Le blog sort de l'entreprise puisque n'importe qui peut y accéder. Cela pose problème", remarque Sophie Brézin, avocat associé du cabinet Herbert Smith. Juridiquement, le blog relève du droit commun et de la loi sur la presse. Le salarié ne doit pas y divulguer d'informations confidentielles, ni - en vertu de l'obligation de loyauté - dénigrer son entreprise. Il ne doit ni diffamer ni injurier et peut être soumis au droit de réponse. En cas d'assignation, la responsabilité du directeur de publication du blog sera visée, mais celui-ci pourra se retourner contre l'auteur des propos dès lors qu'il aura connaissance de ses coordonnées.

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