Réforme de la participation : un message contradictoire

Le mieux est l'ennemi du bien. En voulant encourager la consommation et régler le problème de la baisse du pouvoir d'achat, les pouvoirs publics dénaturent l'épargne salariale et instaurent une incertitude sur sa pérennité. Rendre la participation liquide et supprimer l'obligation de blocage pendant cinq ans est une mesure d'opportunité et pas de fond. Dès lors que le gouvernement ne peut pas influer directement sur les salaires du privé, il utilise la participation et l'intéressement comme une variable d'ajustement. Tout comme l'avait fait l'an dernier l'ancien ministre de l'Economie, Nicolas Sarkozy.Le résultat, c'est une perte de repères pour le salarié tant les messages envoyés par le gouvernement sont contradictoires. D'un côté, et à juste titre compte tenu de l'allongement de la durée de la vie, il les incite à préparer leur retraite et à épargner en ce sens ; de l'autre, il les pousse à consommer toujours plus. Que devient la participation ? Est-ce toujours une forme d'épargne aidée par les pouvoirs publics et par l'entreprise ou seulement un sur-salaire ?Incitation à l'immobilisme. Le résultat : c'est un mouvement brownien de réformes décidées sans qu'on ait eu le temps d'en apprécier la pertinence et les effets. Les textes changent dans l'urgence, créant une instabilité juridique qui incite les entreprises à l'immobilisme. A force de réformer par petites touches, on occulte les vrais problèmes : la méconnaissance des dispositifs d'épargne salariale par les salariés, mais aussi par leurs représentants voire par les dirigeants de petites entreprises ; la complexité d'un système fait d'empilements successifs (participation + intéressement + actionnariat salarié + PEE + Perco) ; l'inégalité des salariés selon qu'ils appartiennent à une grande entreprise dotée de tous les régimes ou à une PME aux moyens plus limités et enfin la dénaturation de l'épargne salariale. Cette dernière a été conçue, non pour compléter les fins de mois, mais pour proposer des solutions d'épargne durables correspondant à de véritables projets de vie : achat de sa résidence principale, constitution d'un complément de revenus pour sa retraite, épargne de précaution permettant de faire face à un coup dur...Pour éviter à l'avenir de tels dérapages, je propose la création d'un haut conseil de l'épargne salariale auprès du Premier ministre chargé, avant toute modification réglementaire et législative, de donner un avis et de veiller à la cohérence des textes et à la stabilité de l'environnement économique. Si une réforme doit intervenir, qu'elle soit globale, précédée d'une large consultation des parties prenantes et lentement mûrie. En attendant le Premier ministre pourrait instaurer un embargo juridique pendant cinq ans sur tout ce qui touche à l'épargne salariale le temps de faire une évaluation des effets des mesures prises en 2001 et 2003. Savez-vous qu'aux Etats-Unis le régime de retraite par capitalisation - le fameux 401K - n'a jamais été modifié depuis sa création il y a plus de trente ans !Si l'instabilité juridique grandit, les conséquences financières des mesures gouvernementales Raffarin ne sont pas négligeables. Beaucoup d'intervenants sur le marché de l'épargne salariale peuvent être en droit de s'interroger sur l'intérêt d'y rester. Pour notre part, en tant que leader du marché, nous avons fait le choix de continuer, en nous adaptant à la nouvelle donne et en orientant nos actions différemment.En effet, l'instabilité et l'incertitude qu'elle entraîne vont amener les entreprises à attendre encore plus de conseil et d'expertise de leurs partenaires. Que dire aux salariés qui veulent toucher leur participation immédiatement et que, dans le même temps, on incite à épargner pour leur retraite ? Comment privilégier la retraite en optimisant les montants d'abondement versés par l'entreprise ? Comment faire la pédagogie de dispositifs complexes et sophistiqués ? Comment aider les entreprises à les remettre à plat pour les simplifier, les rendre plus clairs et lisibles ?Nouveaux repères. Ces questions, les entreprises et les salariés ne manqueront pas de nous les poser. Tout comme elles s'intéresseront aux perspectives nouvelles ouvertes en matière d'actionnariat salarié. Là réside la bonne nouvelle des mesures annoncées et le signe d'une constance bienvenue des pouvoirs publics ! Reste qu'au final, les entreprises sont confrontées à des objectifs nombreux et des choix complexes. Elles doivent gérer un partage des revenus, favoriser l'association des salariés au capital, financer une épargne retraite, tout en optimisant la gestion du temps de travail au travers du compte épargne temps. Créer des passerelles entre ces dispositifs, rendre le tout lisible et cohérent, en faire la pédagogie, bref proposer une véritable ingénierie sociale, constitue un défi important pour notre métier. Un défi qui nécessite un véritable changement des pratiques de marché et des comportements. C'est à ce prix que nous parviendrons à donner de nouveaux repères aux entreprises et aux salariés dans un domaine malheureusement trop souvent chahuté par les pouvoirs publics depuis quelques années.

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