Le modèle britannique s'impose-t-il ?

A la veille de la présidence britannique de l'UE, Tony Blair semble de plus en plus s'imposer comme le leader d'une Europe en mal d'idéal. Fort d'une légitimité nationale par trois fois validée et d'une économie britannique qui tourne à pleins gaz, le Premier ministre peut-il offrir à l'Europe ce qui lui manque : un modèle socio-économique qui marche ?Le modèle britannique utilise les outils de l'économie de marché et y greffe un système de Welfare qui protège les plus faibles et pousse à l'emploi. La grande révolution de Tony Blair a été de cesser d'opposer l'économique au social. Au Royaume-Uni, la justice sociale, c'est le plein-emploi. Ainsi le gouvernement travailliste a réalisé la prouesse de diviser le chômage de moitié et d'amoindrir le fossé entre les plus riches et les plus pauvres. Quelles sont ses recettes ? Quels enseignements la France peut-elle en tirer en matière d'emploi et de protection sociale ?Ingrédients communs. Pour appliquer des recettes, il faut les mêmes ingrédients. Or la France et le Royaume-Uni en ont de nombreux en commun : leurs populations sont égales (60 millions d'habitants), la structure de leur PIB est très similaire (les richesses nationales proviennent à 72 % des services dans les deux pays, et respectivement à 25 % et 27 % de l'industrie). La seule différence aujourd'hui est que le chômage est inférieur à 5 % au Royaume-Uni, le taux d'emploi de 10 points supérieur, ce qui représente 4 millions d'emplois supplémentaires. Le PIB par habitant, qui représentait 75 % de celui de la France en 1980, atteint aujourd'hui les 110 %, soit un supplément de richesse de 1.500 euros par personne et par an.Au Royaume-Uni, la justice sociale, c'est autant de défendre le salarié que de lui faciliter sa "réentrée" sur le marché du travail tout au long de sa vie active. En France, 10.000 emplois sont détruits et 10.000 emplois sont créés chaque jour. L'économie de marché est donc bien là. Or il n'est possible de faciliter l'embauche, et donc de réduire la période intermédiaire de chômage, que si les rouages du marché du travail sont fluides.L'emploi se pense à partir des entreprises, non à partir du chômage. Elles seules décident de la création d'emplois. Plus particulièrement, le Royaume-Uni a compris que son modèle économique doit aussi satisfaire aux besoins des entreprises de services, qui représentent, comme en France, plus de 73 % de l'emploi total. Celles-ci, contrairement au secteur industriel, ont des coûts d'exploitation dépendant à plus de 80 % de l'emploi. Il n'est donc pas viable qu'il n'y ait pas d'ajustement possible de leurs coûts en fonction de leur demande. Si les coûts salariaux sont maintenus alors que le chiffre d'affaires chute, l'entreprise passe en perte.L'élasticité du niveau de l'emploi en fonction de l'activité est donc une donnée nécessaire à la santé de l'entreprise et au dynamisme de l'embauche. Sans elle, l'entreprise maintiendra un niveau constant de sous-emploi plutôt que de risquer un sureffectif qui conduirait à des pertes financières. La fluidité du marché du travail britannique, loin d'entraîner la précarité des travailleurs, crée en réalité des conditions souvent favorables pour les salariés puisque, au final, le plein-emploi leur donne le pouvoir de choisir l'employeur le plus offrant et d'infléchir le rapport de force en leur faveur. Les salaires augmentent de 4 % au Royaume-Uni, contre 2 % en France. Ainsi, à salaires horaires minimum quasi égaux et à populations égales, aujourd'hui seulement 1,3 million de Britanniques touchent le National Minimum Wage (équivalent Smic) contre 2,9 millions en France.Moderniser le welfare. Enfin, la véritable prouesse du gouvernement travailliste est d'avoir réussi à créer un marché du travail souple tout en conservant et modernisant le welfare. Pour cela, il est devenu "welfare-to-work", un modèle d'Etat providence qui combine incitation au travail et niveau de revenus décent pour tous. Les minima sociaux britanniques visent à ne pas générer de "trappe à pauvreté", c'est-à-dire à faire que la situation financière des salariés soit meilleure que celle des chômeurs. Par exemple, l'Income Support équivaut non seulement au système du RMI mais il joue surtout un rôle de complément financier des bas salaires pour les actifs qui retrouvent un emploi. Les allocations sont des systèmes de relance, non des régimes d'assurance.Tony Blair a enrichi les Britanniques en menant une politique de gauche qui utilise les outils de marché. Au nom de quel a priori notre pays devrait-il s'empêcher d'utiliser ce qui marche pour créer plus d'emplois et de prospérité ? "Messieurs les Anglais, tirez les premiers !" Comme nos ancêtres le firent à Fontenoy, les Français peuvent gagner la bataille.(*) Pascal Boris et Arnaud Vaissié sont respectivement président de la Chambre de commerce de Grande-Bretagne et président des conseillers du Commerce extérieur de Grande-Bretagne, cofondateurs du Cercle d'Outre-Manche et coauteurs du rapport "Sous-emploi français, plein-emploi britannique : un paradoxe bien peu cordial".

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