Chantiers de l'Atlantique : appelez-moi toujours France

La reprise par Akeryards des Chantiers de l'Atlantique a été pour beaucoup une occasion d'invoquer le passé. Une page de cent cinquante ans d'histoire se tourne, a-t-on entendu dire. Le souvenir de l'Impératrice Eugénie, premier paquebot construit à Saint-Nazaire, a même été rappelé. D'autres ont évoqué le "patrimoine de la France". On a dit des chantiers de Saint-Nazaire qu'ils "s'en allaient en Norvège". Certes, il n'est pas interdit de goûter aux joies de la nostalgie. Comme disait de Gaulle : "On peut regretter la splendeur de la marine à voile, la douceur des lampes à huile", il ajoutait toutefois : "Mais il n'y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités."Intégrateur de systèmes. Le chantier qui a construit le France n'existe plus, tellement les changements le rendraient méconnaissable à une personne qui, l'ayant quitté en 1961, reviendrait aujourd'hui. Ce qui a attiré l'investisseur scandinave, c'est une technologie navale française qui ne cède à aucune autre. Voilà qui devrait nous remplir de fierté car ce ne sont pas les chantiers français qui vont en Norvège ce sont les investisseurs norvégiens qui viennent en France.Notre industrie est en effet une activité de haute technologie et demande de grandes qualifications. Le constructeur de navires, c'est un intégrateur de systèmes - comme on dit dans le langage des ingénieurs. C'est vrai pour le civil comme pour le militaire. Cela veut dire qu'un navire peut être comparé au corps humain composé de systèmes qui s'imbriquent harmonieusement les uns avec les autres.Ce métier d'intégrateur de systèmes est celui de tous les chantiers navals et, à cet égard, l'absorption par DCN de Thales Naval France s'inscrit bien dans cette logique. Pour la réalisation d'un paquebot aussi, il faut intégrer des systèmes. Pas moins de 500 entreprises sont mobilisées. C'est une ville flottante qu'il s'agit de construire !Dans ces conditions, la nécessité de l'innovation est constante, ce qui explique la présence de l'industrie navale dans les pôles de compétitivité et que Chantiers de l'Atlantique et Akeryards coopèrent déjà depuis longtemps avec d'autres chantiers européens dans des projets de recherche et développement (R&D) soutenus par l'Union européenne. Particulièrement significatif est le programme Intership où une quarantaine de personnes en Europe sont à plein temps. L'objectif de ce projet de recherche est d'améliorer sans cesse les processus de production.La tradition française et la tradition finlandaise vont désormais pouvoir s'épauler encore plus et aller de record en record. Ainsi le Queen Mary 2, paquebot de tous les superlatifs, est encore le plus grand paquebot du monde. Plus pour longtemps ! Car sa jauge sera bientôt dépassée par celle du Freedom of the Seas dès que ce navire aura été livré par les chantiers finlandais du groupe Aker. Mais le Freedom ne sera pas non plus le plus grand du monde pour très longtemps puisqu'il existe déjà des projets pour des navires de dimension supérieure.Phase d'expansion. La construction navale européenne en tout cas n'a pas à rougir de la comparaison avec ses rivales d'Extrême-Orient. Elle est la première du monde en chiffre d'affaires. Cette année, plusieurs constructeurs asiatiques ont enregistré des pertes tandis que Fincantieri et Akeryards, pour ne citer qu'eux, ont affiché des résultats positifs, alors que, depuis fin 2000, il a été mis un terme à l'aide à la construction navale en Europe. Quant à Chantiers de l'Atlantique, il a toujours été bénéficiaire, à l'exception des deux derniers exercices, où les effets du 11 septembre se sont fait sentir. Il est vrai que nous sommes dans un monde où tout change, mais ça veut dire au moins qu'il faut se garder des opinions toutes faites sur la rentabilité comparée de l'industrie navale en Asie et en Europe.L'industrie navale européenne est dans une phase d'expansion. C'est ainsi que la part mondiale des chantiers européens sur le marché des commandes de nouveaux navires exprimées en tbc (tonneaux de jauge brute compensés) est passée de 15,1 % en 2004 à 18,8 % au cours des trois premiers trimestres 2005. D'ailleurs, Akeryards n'a pas caché avoir envisagé très sérieusement une augmentation de capacité en Finlande pour faire face à la demande en hausse du marché. Il est heureux qu'il soit finalement venu en France pour augmenter ses capacités de production.Il est vrai que le nouvel actionnaire de Chantiers de l'Atlantique est étranger. Mais n'est-il pas plus doux d'entendre un actionnaire qui dit : "We like shipbuilding, we do shipbuilding" ; "It's our core business" même si c'est en anglais, qu'entendre dire en français : "La construction navale n'est pas notre coeur de métier, elle n'a pas vocation à être maintenue dans le groupe", même si ce qui est dit là est tout à fait légitime dans une stratégie industrielle ?Une page de cent cinquante ans se tourne peut-être. Tant mieux, cela veut dire qu'une nouvelle page s'ouvre pour les Chantiers de Saint-Nazaire.

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