Radioscopie du différend chypriote

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Entamées le 3 octobre 2005, les négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne sont entrées dans leur phase concrète le 12 juin dernier avec la conclusion du premier des 35 chapitres thématiques - celui sur la science et la recherche - qui jalonnent ce processus. Après plusieurs jours d'incertitude liée au veto de Nicosie (capitale de la République de Chypre), les ministres européens des Affaires étrangères se sont finalement mis d'accord pour poursuivre leurs pourparlers avec Ankara. Sauf qu'ils ont, parallèlement, adopté une déclaration de principe devant se retrouver en préambule des 34 autres chapitres et stipulant qu'"un échec de la Turquie à appliquer pleinement toutes ses obligations affecterait le progrès général des négociations".Cet avertissement est intimement lié à la division persistante de Chypre. Et renvoie principalement à l'application du protocole dit d'Ankara, qui étend l'union douanière entre l'UE et la Turquie aux dix nouveaux États membres, dont la partie grecque de Chypre. Malgré la signature de ce protocole préalable au lancement des négociations avec Ankara, les Turcs ne l'ont toujours pas ratifié et refusent l'accès des navires et avions chypriotes grecs à leurs ports et aéroports. D'ailleurs, en signant cet accord, la Turquie avait même souligné que ce paraphe ne valait pas reconnaissance de la République de Chypre gouvernée par les Chypriotes grecs du sud, plongeant l'UE dans l'embarras.Statu quo. Selon le chef de la diplomatie turque Abdullah Gül, "le processus de négociations de la Turquie avec l'UE ne devrait pas être transformé en un processus de négociations sur Chypre". Ankara remplirait ses obligations, mais attend que les Européens, de leur côté, tiennent aussi leurs promesses faites en avril 2004 aux Chypriotes turcs du nord - qui restent en dehors de l'UE - pour les pousser à approuver par référendum le plan de réunification élaboré par l'Onu. Ce que les Chypriotes turcs ont effectivement fait alors que les Chypriotes grecs l'ont repoussé. Des promesses consistant à ouvrir un bureau de représentation de la Commission dans le nord de l'île, à accorder aux Chypriotes turcs une aide financière (259 millions d'euros) et à leur permettre de commercer directement avec tous les pays de l'Union. Mais ces propositions sont restées jusqu'ici lettres mortes en raison du veto de Nicosie.Cela n'empêche pas la présidence finlandaise de l'UE, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Erkki Tuomioja, de répéter que la Turquie doit ratifier le protocole d'Ankara et ouvrir ses ports et aéroports aux navires et avions chypriotes grecs sous peine de créer de "sérieux problèmes". Un autre dossier délicat qui attend Helsinki est celui de la définition de la "capacité d'absorption" de l'Union, un "critère de bon sens" réclamé par Paris pour contrer l'adhésion de la Turquie. Sur ce critère Erkki Tuomioja se montre prudent et insiste pour que cet exercice ne revienne pas à "envoyer un mauvais message" aux pays candidats. L'UE doit être prête, dit-il en substance, "à accueillir tous les pays européens dont la population veut nous rejoindre et qui remplissent les critères". Bref, ne demandez pas où sont les frontières de l'Europe, ce n'est pas à l'ordre du jour.M. P., à Bruxelle

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