L'eau, l'air, la vie...

La gestion de la rareté est l'une des raisons d'être, voire la raison d'être, de l'analyse économique. Mais elle n'y apporte que des réponses incomplètes. Dans une économie de marché, ce sont les prix relatifs qui véhiculent l'information sur la rareté des biens, services et facteurs de production. Par exemple, lorsque les prix ne sont pas autorisés à s'ajuster à la hausse, ils dissimulent la rareté, entraînant la surconsommation d'un bien rare, c'est-à-dire le gaspillage. Mais cela ne signifie pas que cet ajustement des prix fournisse toujours la meilleure méthode pour gérer collectivement la rareté et organiser les ajustements nécessaires.Ainsi, les fluctuations des prix du pétrole reflètent différents aspects de sa rareté dans le temps et dans l'espace, mais leur impact souvent coûteux invite à rechercher des mécanismes d'ajustement alternatifs, non exclusivement fondés sur la logique de marché. C'est le rôle des politiques énergétiques, dont on ne perçoit malheureusement l'importance que lorsque le prix du pétrole est élevé.Par ailleurs, le débat sur le développement durable, qui traduit une évolution des préférences collectives des hommes et des sociétés, souligne l'une des lacunes de la théorie de la valeur fondée sur les prix de marché, en montrant qu'un certain nombre de biens et services ont une valeur sociale, individuelle et collective, sans avoir de prix de marché : la qualité de l'air, le degré de préservation de la biodiversité, l'évolution du climat, la qualité et la disponibilité de l'eau, par exemple. Ce processus de formation de valeur en dehors du marché, qui implique des démarches fondées sur le militantisme, la conviction et la négociation, se produit à la frontière entre l'économie, la politique et les sciences sociales.Cette extension au-delà du domaine traditionnel de l'économie apparaît d'autant plus nécessaire que la discussion sur la rareté doit être aussi internationale. Dans un monde de ressources rares, les Etats sont en concurrence pour l'accès à des ressources qui ne sont certainement pas exclusivement allouées par une main neutre et "invisible". Il y a ainsi un problème essentiel d'action collective qui invite à penser les principes et les institutions susceptibles de favoriser la coopération et d'ccroître les coûts de comportements individuels prédateurs.En fait, on pourrait presque distinguer deux dimensions de la rareté. La première pourrait être appelée "rareté cumulative", et correspond à la situation dans laquelle la gestion de la rareté repose sur les actions combinées des différents agents qui y apportent chacun une contribution essentielle. C'est par exemple le cas de la qualité de l'air (via la pollution) ou de la préservation de la biodiversité. La seconde, la "rareté concurrentielle", conduit les individus ou les Etats à chercher à garantir leur accès aux ressources. C'est par exemple le cas des sources d'énergie non renouvelables. Ces deux dimensions correspondent à deux types différents de biens publics et d'action collective. Dans le premier cas, le problème à résoudre est un "dilemme du prisonnier" typique dans lequel chacun peut être tenté d'attendre que les autres agissent, puisque seule la participation de tous aura l'impact recherché. Dans le second, le bien collectif est celui de la sécurité des approvisionnements, et l'action collective consiste à savoir partager la rareté, pour des raisons éthiques, économiques et politiques, et en prévention de conflits potentiels.

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