Gazprom, une entreprise tentaculaire

L'ancien ministère du Gaz n'a jamais vraiment cherché à se désoviétiser. État dans l'État, Gazprom est bien plus qu'une compagnie gazière verticalement intégrée allant de la production à la distribution en passant par l'exploration et le transport. Le monopole du gaz a récupéré une multitude d'actifs éparpillés dans tous les secteurs de l'économie russe : sa propre compagnie aérienne GazpromAvia, des dizaines d'hôtels, la 3e banque du pays GazpromBank, des entreprises de BTP, le n° 1 russe du secteur chimique Sibur, mais aussi des fermes porcines, des écuries, un club de yachting, etc.Logique politique. Pressée par ses investisseurs privés et par les deux ministres libéraux du gouvernement russe de se séparer des actifs non stratégiques, la direction de Gazprom a plus d'une fois annoncé des plans dans ce sens. Qui n'ont jamais abouti. À l'inverse, grisé par l'appui du Kremlin et par le fantastique cash-flow généré par les exportations, le monopole gazier s'est embarqué dans une campagne d'acquisition massive depuis 2005. Vladimir Poutine veut en faire un "géant global de l'énergie", ce qu'il est déjà, rien qu'avec ses réserves de gaz. Du coup, Gazprom lorgne aussi le pétrole. Après une fusion ratée avec le pétrolier d'État Rosneft, il s'est rabattu sur le 4e pétrolier russe Sibneft, dont il a racheté 75 % pour 13,6 milliards de dollars, la plus grosse opération de F&A russe jamais réalisée. Et GazpromNeft, sa filiale pétrolière, ne compte pas en rester là.SEU (l'EDF russe), gros client de son gaz, figure depuis longtemps parmi ses cibles. Gazprom a donc déboursé 900 millions de dollars pour y porter sa participation de 4 % à 10,5 %. Et voilà que le Kremlin lui demande de financer partiellement le méga-plan nucléaire consistant à investir 60 milliards de dollars pour la construction de 40 centrales d'ici à vingt-cinq ans. Les analystes financiers considèrent cette expansion avec inquiétude, notant que Gazprom doit urgemment investir dans la rénovation de son infrastructure et dans l'exploration de nouveaux gisements. La direction du groupe n'en a cure. Les dernières emplettes de Gazprom n'ont plus rien à voir avec l'énergie : le groupe a récemment racheté le Zénith Saint-Pétersbourg qui est le club de foot préféré du président Poutine, le quotidien Izvestia (Gazprom possède déjà une chaîne de télé) et le fabricant de machines-outils OMZ. Des sociétés toutes déficitaires, ce qui souligne la logique très politique guidant Gazprom...

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