Le Bolchoï à l'ère du clonage

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Mettant fin à une polémique d'un autre âge, le public du Bolchoï a ovationné les auteurs et interprètes de l'opéra les Enfants de Rosenthal lors de la première le 23 mars. Même si quelques députés nationalistes avaient bruyamment quitté la salle pendant le deuxième acte mettant en scène un choeur de prostituées. Même si devant le bâtiment une cinquantaine de militants de l'organisation de jeunesse pro-Poutine baptisée "Idouchie Vmeste" ("Ceux qui marchent ensemble") protestaient contre la présence du romancier d'avant-garde Vladimir Sorokine - qualifié de "pornographe" - sur l'affiche. Cinq clones. Pourtant, pas de quoi fouetter un chat. Le livret des Enfants de Rosenthal narre la destinée de cinq clones de grands compositeurs (Tchaïkovski, Mozart, Wagner, Moussorgski et Verdi), créés par un savant dans l'URSS de Staline et s'achevant dans la Russie capitaliste d'aujourd'hui. Artistiquement, cette oeuvre apparaît comme une bouffée d'air frais venant d'une maison d'opéra passablement conservatrice. A quelques mois d'une longue fermeture pour travaux, le Bolchoï monte là un spectacle d'excellente facture grâce aux talents conjugués de Leonid Dessiatnikov et de Vladimir Sorokine, qui avaient déjà travaillé ensemble auparavant. Certes, on ne peut pas dire que Dessiatnikov révolutionne l'écriture d'opéra. La partition s'écarte peu du langage musical néoclassique porté à son apogée par Igor Stravinsky dans The Rake's Progress. Comme ce dernier, Dessiatnikov parvient à démultiplier l'énergie du livret en superposant des lignes mélodiques révélant les arrière-pensées des protagonistes. La seule - légère - déception vient de la mise en scène d'Eimuntas Nekrosuis. Elle laisse peu transparaître l'univers profondément original de Vladimir Sorokine. L'étrangeté omniprésente et la violente satire du système soviétique contenues dans le livret sont fortement atténuées, signe que le Bolchoï ne s'est pas encore totalement débarrassé de ses complexes envers le pouvoir.Emmanuel Grynszpan, à Moscou"Les Enfants de Rosenthal", les 2, 21 et 24 avril. Renseignements : www.bolshoi.ru

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