En 1996, la Bourse de Paris devrait rattraper son retard

Espoir, déception, espoir. Michel Jollant, directeur général adjoint de la société de Bourse Meeschaert-Rousselle, évoque l'image d'une valse à trois temps pour caractériser l'évolution de la Bourse de Paris durant l'année 1995. Espoir avec l'élection de Jacques Chirac, déception avec le gouvernement Juppé I puis espoir de nouveau avec la rigueur affichée par le gouvernement Juppé II, un peu ternie par les mouvements sociaux. Au cours de ces périodes, le CAC 40 a fluctué de plus de 300 points pour terminer l'année sur une performance négative de - 0,49 % par rapport au vendredi 30 décembre 1994. Paris a été la moins performante des grandes places internationales. New York (+ 33,2 %), Londres (+ 20,3 %), Francfort (+ 7 %) l'ont dépassé, de même que Tokyo (+ 0,74 %). Il apparaît clairement que les autres Bourses ont suivi l'allure de leur marché obligataire, ce que Paris, empêtrée dans les incertitudes politiques et sociales, n'a pas su faire. « Les taux à long terme ont baissé d'environ 160 points de base l'année dernière [1 point de base = 0,01 %], remarque Michel Jollant. Or on peut évaluer que 25 points de base de baisse sur les taux longs doivent se traduire par une hausse de 60 points de l'indice CAC 40. Théoriquement, nous devrions nous retrouver à 2.200 points et non au niveau actuel [1.871,97 points vendredi soir]. » Une part de la valorisation des actions est en effet liée au niveau des taux longs. Il existe donc une forte prime de risque ou prime de « débit de confiance », selon l'expression de Michel Jollant, pour les valeurs françaises. Ce dernier se refuse à imaginer un niveau pour le CAC 40 au 31 décembre 1996, mais il juge qu'il sera possible de gagner de l'argent sur la Bourse de Paris l'année prochaine. En effet, les actions devraient entamer un mouvement de rattrapage sur le marché obligataire. De plus, les profits des entreprises devraient se comparer favorablement à ceux de 1995. Une montée vers 2.200 points est possible pendant l'année, mais le CAC 40 pourrait se situer en dessous de ce niveau fin décembre. Comme la croissance économique a subi un coup de froid dans les pays industrialisés, l'environnement monétaire devrait être favorable pendant le premier semestre. Il existe encore un potentiel de baisse des taux qui devrait soutenir les niveaux des actions. Les experts d'American Express jugent ainsi que la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne possèdent plus de chance d'appréciation pour les douze à vingt-quatre prochains mois que le Japon (difficulté de poursuivre la reprise boursière sur ce rythme) et les Etats-Unis (même raison que pour le Japon). A Paris, le retour attendu des investisseurs étrangers implique une sélection de valeurs possédant une bonne liquidité. Michel Jollant évoque les noms de Paribas, Société Générale et Crédit National. Il remarque que certaines valeurs cycliques et de services devraient profiter de l'effet rattrapage (Schneider, Générale des Eaux, Saint-Gobain et Accor). Un grand gérant de fond évoque pour sa part les noms de Total, Air Liquide, Accor, Zodiac, Axime, Sidel et SEB. A noter que la faiblesse de la croissance économique constitue le principal risque du marché français en 1996. Si les intervenants doutent que la France puisse satisfaire aux critères du traité de Maastricht fin 1999, le franc et le marché obligataire pourraient en pâtir. Aujourd'hui, les étrangers jugent que l'état de l'économie française appelle de nouvelles baisses des taux courts. Ils se placent en conséquence sur les actifs financiers français. Une déception, liée à l'incapacité du gouvernement à maîtriser ses dépenses, provoquerait un douloureux retour de balancier : 1996 ne sera pas de tout repos. Pascal Boulard

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