Madrid milite pour des privatisations sans noyaux stables

LE GOUVERNEMENT ne stimulera pas la formation de noyaux durs. » C'est le ministre de l'Industrie, Josep Piqué, représentant de l'aile la plus néo-libérale du nouveau gouvernement conservateur, qui l'affirme, prenant ainsi radicalement position sur ce qui s'annonce comme l'un des problèmes les plus délicats posés par le plan massif de privatisations annoncé en Espagne vendredi dernier. A première vue, le gouvernement s'en tiendra à sa philosophie de « laisser faire, laisser passer » à l'occasion d'opérations qui devraient se réaliser sous la forme d'offres publiques de vente (OPV). Si des noyaux stables, comme on préfère les appeler à Madrid, se constituent dans les entreprises privatisées, ce sera « par l'action du marché et non à la suite de l'intervention des autorités », explique Josep Piqué. Reste qu'au-delà des déclarations d'intention, la réalité risque d'être plus complexe. Le ministre de l'Industrie espagnol ne se fait pas trop prier pour reconnaître que, dans certains cas, « il sera nécessaire de rechercher des acquéreurs en fonction de critères stratégiques », et que le « gouvernement n'exclut pas de négocier avec les investisseurs des noyaux durs ayant participé à la première vague des privatisations sous le gouvernement Gonzalez ». Frilosité des industriels Le problème de fond réside dans la sur-représentation des banques dans les noyaux durs existant. L'absence de grands groupes industriels a en effet laissé le champ libre aux institutions financières pour acquérir des titres de privatisées. Deux axes sont apparus à l'occasion des trois principales privatisations partielles déjà réalisées. Le premier est constitué autour du Banco de Bilbao Vizcaya et de la caisse d'épargne catalane (la Caixa), qui forment l'ossature du nouvel actionnariat de Telefonica et de la compagnie pétrolière Repsol. Le second axe comprend le Banco de Santander et le Banco Central Hispano, principaux actionnaires de la compagnie électrique Endesa. « Certains peuvent exprimer quelques doutes quant à la stabilité de tels noyaux durs s'ils sont formés par des établissements financiers », souligne Josep Piqué. Fortement impliquées dans les tours de table des entreprises, les banques espagnoles s'étaient retirées les unes après les autres lors de la crise industrielle des années 80. Concentration ne rime pas avec libéralisation Certes, la situation a changé par rapport au contexte précédent, où la dette publique, en offrant un rendement bien plus attractif que celui des marchés actions, avait encore favorisé la débandade. La situation actuelle est tout autre : la baisse des taux et la revalorisation constante des actifs industriels ont diminué les écarts de rendements entre les différents supports. Le gouvernement va toutefois devoir être prudent : si son plan se traduisait par une concentration du pouvoir entre les mains de quelques grands établissements financiers, dont certains sont très proches du parti conservateur, cette évolution irait précisément à l'encontre de son objectif affiché de libéraliser les structures de fonctionnement de l'économie. THIERRY MALINIAK, À MADRID

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