Les opérateurs sur le dollar tentés par la hausse

LE DOLLAR apparaît comme le seul vainqueur du dernier épisode du feuilleton américain confirmant la vigueur de l'économie de l'oncle Sam. Alors que la très vive hausse du taux de salaire horaire et le dynamisme des créations d'emplois, laissant redouter une surchauffe, ont continué à peser sur les T Bonds (voir ci-contre), la perspective d'une hausse des taux à court terme de la Réserve fédérale a contribué à redonner du tonus au billet vert, qui faisait quasiment du surplace depuis plus d'un mois. La hausse prévisible de ses rendements lui a permis de se hisser à un nouveau point haut de vingt-neuf mois face au yen, pour grimper lundi jusqu'à 111,15. Sa montée en puissance face à la devise de l'archipel a aussi été favorisée par l'annonce d'une nouvelle contraction de l'excédent des comptes courants japonais, qui s'est inscrit en recul de 46,4 % en mai par rapport à la période correspondante de 1995. Vis-à-vis du deutsche mark et du franc français, le billet vert a continué à grignoter du terrain, montant respectivement jusqu'à 1,5310 et 5,1785, avant de faire l'objet de prises de bénéfice. Néanmoins, il existe une condition nécessaire, si ce n'est suffisante, pour que le dollar renoue durablement avec une piste haussière : que la hausse des taux américains à court terme se concrétise rapidement. Or, à cet égard, la Fed ne semble pas aussi ostensiblement pressée que certains observateurs ne l'avaient imaginé depuis vendredi, en annonçant une hausse imminente de l'objectif des fonds fédéraux, actuellement fixé à 5,25 %. Alan Greenspan, son président, qui participait à la réunion des gouverneurs des banques centrales du groupe des Dix (G10) à Bâle, sous l'égide de la BRI (Banque des règlements internationaux), s'est déclaré satisfait de l'état de la conjoncture américaine. Même s'il semble acquis qu'une remontée d'un quart de point des « fonds » soit dans le collimateur, elle ne devrait intervenir que le 20 août, date de la prochaine réunion du FOMC, le bras séculier de la Fed. Pour le très prudent patron de l'institut d'émission américain, il est donc nécessaire d'attendre, au moins le temps de poser des jalons pour justifier l'inflexion d'un cycle de détente des taux qui n'avait été entamé qu'il y a un an. Le risque pour le dollar serait cependant que le marché des changes juge que la banque centrale américaine s'est laissée prendre de vitesse par le retour potentiel de l'inflation, une interrogation qu'il s'était déjà posée en 1994. L'hypothèse reste à vérifier dans l'attente des indices d'inflation aux Etats-Unis pour juin, qui seront diffusés à partir de vendredi. Mais, si tel était le cas, le billet vert verrait, en termes réels cette fois, son avantage de rendement grignoté par la hausse des prix par rapport aux monnaies de l'Allemagne et du Japon, où l'inflation est en recul pour le premier et négative pour le second. Son potentiel de reprise supplémentaire en serait d'autant plus bridé que, depuis le sommet de Lyon, les opérateurs sont persuadés que les gouvernants des grands pays sont satisfaits des parités actuelles des grandes monnaies. ISABELLE CROIZARD

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