Wall Street spécule sur la série de concentrations industrielles

Wall Street a retrouvé ses niveaux d'il y a six semaines, grâce à un bond de 1,3 % lundi. Hier, les prises de bénéfices ont fait revenir l'indice Dow Jones à 5.720,38 points (- 0,17 %). Le marché spécule sur la probabilité d'une hausse des taux courts américains, la première depuis un an et demi : verdict aujourd'hui. Wall Street pourrait s'en accommoder sans trop de douleur. Les entreprises américaines sont moins sensibles à l'évolution des taux d'intérêt que par le passé. Après l'endettement, l'ère des trésors de guerre Au tournant de la décennie, elles ont éclusé avec une vitesse étonnante le lourd endettement résultant de la grande vague de « raids » boursiers des années 87-89. Au cours des cinq dernières années, l'accumulation de bénéfices records a parallèlement généré d'énormes « trésors de guerre ». IBM affirme aujourd'hui être capable de mettre sur la table 20 milliards de dollars pour réaliser des acquisitions. Ces liquidités, placées sur les marchés financiers, seront mieux rémunérées si les taux d'intérêt remontent. Les entreprises américaines sont enfin peu portées à emprunter. Les perspectives de débouchés commerciaux sont assombries par la fin prévisible du cycle d'expansion entamé en 1991. Les analystes s'attendent plutôt à un retour à des opérations de croissance externe (OPA) ou à des rachats d'actions, seules stratégies payantes lorsque le cycle économique devient défavorable et que la hausse des taux d'intérêt n'incite pas à se projeter dans l'avenir. La fringale d'acquisitions a refait surface lundi, avec quatre « deals » principalement payés en numéraire : Republic Industries (systèmes de sécurité électroniques) a racheté ADT pour 25 milliards de francs, General Ré (réassurance) a acquis National Ré pour 5 milliards de francs, HFS (hôtellerie) a racheté Avis (location de voitures) pour 4 milliards de francs, et Rockwell (circuits intégrés) a payé 1,3 milliard de francs pour Brooktree. Informatique : on casse les prix Dans l'informatique, il n'est pas exclu que d'autres OPA règlent le problème d'une offre de micro-ordinateurs devenue surcapacitaire. Les prix ne cessent de baisser. Quand les ventes s'essoufflent, comme c'est le cas aujourd'hui, tous les vendeurs déstockent très vite, ce qui accélère encore la baisse des prix. Le titre Digital Equipement affichait une baisse de 11 % hier, alors que la société annonce 7.000 licenciements et une chute de ses ventes de micro-ordinateurs au premier trimestre 1996, sur fond de « stratégies agressives des concurrents en matière de prix ». Le cas de Digital Equipement intéresse Wall Street. Il a une carte à jouer dans ce que les analystes appellent le « Wintel monopoly » (les logiciels Windows et les processeurs Intel dictent à la clientèle mondiale leurs standards et leurs labels). « Intel veut travailler sur de très gros volumes pour les serveurs à destination des entreprises, et faire ainsi des économies compensant la baisse des prix de vente », explique un « insider » chez l'un de ses grands clients. Ce qui revient, sur le seul créneau vraiment encore rentable, à laminer les marges des grands concurrents, déjà inquiets de l'obsolescence rapide des mémoires les moins puissantes. Résultat : depuis le début de l'année, Intel et Microsoft ont respectivement gagné 31 % et 33 % en Bourse, même si l'ampleur de la chute des ventes de micro-ordinateurs obscurcit leur avenir. Pour les analystes, en plaçant sur Windows NT ses processeurs Alpha, dont l'architecture converge avec celle d'Intel, Digital Equipement fait un bon choix. NICOLAS THIÉRY

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