Sumitomo, un défenseur des producteurs de cuivre du Sud

POURQUOI Yasuo Hamanaka, le trader déchu de Sumitomo responsable d'une perte de plus de 9 milliards de francs sur le cuivre, a-t-il monté un système aussi compliqué et aussi risqué ? Toutes les explications ont été avancées. Pourtant, à examiner la stratégie d'Hamanaka et surtout à s'intéresser aux producteurs avec qui il travaillait, des lignes de force surprenantes se dégagent. Et donnent un relief particulier à l'affaire Sumitomo. La maison de négoce japonaise était en mesure d'amener sous dix jours du cuivre de Zambie, du Zaïre, du Chili ou du Pérou chez n'importe quel consommateur d'Asie. Dans des conditions « normales », les autres négociants demandaient deux mois pour acheminer le métal zambien en Asie. En privilégiant systématiquement des origines qualifiées de « peu sûres », Yasuo Hamanaka et Sumitomo s'assuraient la reconnaissance objective de ces producteurs tout en leur permettant de commercialiser leur cuivre avec une prime sur le marché. Pour des Etats aux ressources limitées et dépendant fortement du métal rouge, la maison de négoce assurait un « juste prix » du cuivre, chose que les grandes compagnies minières proposaient rarement. Sciemment ou pas, Yasuo Hamanaka a donc développé une stratégie anti-compagnies minières nord-américaines qui a trouvé des échos favorables en Amérique latine et en Afrique, « en agissant comme une sorte de super-agent commercial », remarque un trader. En se positionnant ainsi et en prônant une stratégie de prix forts, Yasuo Hamanaka s'est s'attiré les bonnes grâces des Péruviens, des Zambiens, du Mexique et du Chili. Pour ces mineurs d'Etat, le prix du cuivre revêt une dimension qui dépasse le seul cadre commercial. Il couvre aussi un volet social et politique crucial pour l'économie de ces pays. Du côté des consommateurs de cuivre, la stratégie appliquée par Yasuo Hamanaka semble avoir eu un écho chez des acheteurs tels que la Thaïlande, la Corée, l'Inde ou la Chine. Ces Etats, retenant Sumitomo, semblent avoir été objectivement sensibles à un argument non formulé explicitement par le négociant nippon voulant qu'à conditions sensiblement égales, il fallait privilégier le cuivre provenant d'un pays ou d'un vendeur « ami ». GUY-ANDRÉ KIEFFER

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