Les taux américains soumis aux incertitudes budgétaires

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Certains espéraient encore un accord de la vingt-cinquième heure sur le budget américain en fin d'année dernière. Cela n'a pas été le cas. Les espoirs sont donc reportés pour le début 1996. A moins que, décidément, le Congrès et l'Administration Clinton ne puissent pas s'entendre, et laissent le choix entre deux programmes de réduction du déficit aux électeurs, en cette année de course à la présidentielle. « Les marchés sont prêts à attendre très longtemps pour un budget », déclarait vendredi Steve Ricchiuto, économiste à BZW Securities à New York. L'espoir d'une solution - même de longue haleine - a ainsi permis aux rendements des emprunts d'Etat à trente ans de s'inscrire vendredi soir en dessous de 6 %, à 5,95 %, dans un volume de transactions toutefois très étroit, et donc peu significatif d'une tendance de fond affirmée. L'art de la prévision économique est rendu difficile Et l'évolution du marché obligataire, de même que celle des taux d'intérêt à court terme, est d'autant plus difficile à discerner pour 1996 que l'incertitude perdure quant à l'argent qui sera dépensé par le gouvernement fédéral. Le blocage des discussions sur le budget a ainsi eu pour effet de diminuer de 26 milliards de dollars les dépenses fédérales au dernier trimestre 1995 par rapport au dernier trimestre 1994. Par comparaison, les dépenses budgétaires n'avaient diminué que de 4,9 milliards en fin 1994 par rapport à fin 1993. Ce « manque à gagner » sera-t-il réinjecté dans l'économie dès qu'un accord sera trouvé Ou sera-t-il définitivement perdu ? « Une diminution des dépenses de 7 % 5 (comme en 1994) ou de 21 % (1995) a bien entendu un impact différent sur la croissance », souligne le spécialiste de BZW Securities. « La croissance pourrait donc être faible au premier trimestre, mais elle pourrait être suivie par un deuxième trimestre beaucoup plus fort : il ne faut pas oublier que le gouvernement sera plus enclin à dépenser dans la mesure où le pays sera en année électorale », poursuit Steve Ricchiuto. L'art de la prévision économique est donc rendu encore plus difficile cette année. Dans ces conditions, BZW prévoit un objectif de fonds fédéraux à 5,25 % (contre 5,50 % actuellement) au premier trimestre 1996. Un objectif que la Réserve fédérale laisserait ensuite inchangé pour le reste de l'année. La même banque voit par ailleurs les rendements à trente ans se tendre à 6,15 % à l'horizon mars 1996, puis à 6,24 % (juin), 6,36 % (septembre) et enfin finir l'année 1996 à 6,50 %.Des prévisions que ne partagent pas du tout les experts de chez Lehman Brothers à New York. Selon eux, les taux vont baisser. Les Fed Funds s'inscriraient à 5 % au premier trimestre, puis à 4,75 % au deuxième, à 4,50 % au troisième et à 4,25 % au quatrième. De même, les rendements à trente ans passeraient de 6 % à 5,75 %, puis 5,50 % et enfin 5,25 % en fin 1996. « Le déficit devrait continuer de diminuer sensiblement en 1996 ; il n'y a pas de pression inflationniste, et enfin, la croissance devrait être très modérée, sans cependant tomber en récession, et s'inscrire à 2,5 % - et cela seulement si la Fed continue d'assouplir les conditions de crédit », résume Stephen Slifer, économiste chez Lehman. Et en l'absence de statistiques fraîches (les fonctionnaires étant toujours au chômage technique faute d'accord sur le budget) en ce début d'année, les jeux n'ont donc jamais été aussi ouverts en matière de prévisions 1996. Lysiane J. BAUDU

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