Prix agricoles : des gérants prudents sur leur discours commercial

Gare aux banquiers et aux gérants qui invitent à profiter en Bourse de la flambée des cours des matières premières agricoles. Tout le monde a en mémoire le déluge de critiques qui s'est abattu sur le belge KBC et l'allemand Deutsche Bank après que ces deux banques eurent commercialisé des produits d'épargne et de placement pariant sur la hausse des prix des denrées alimentaires. Car, à l'heure où plus d'une quarantaine de pays du tiers-monde subissent des émeutes de la faim, aucun mot sur le sujet, même pesé au trébuchet, ne parvient à éviter la polémique.Ce sujet ne se limite pas aux gérants car il taraude aussi les investisseurs intéressés par des investissements dans cette classe d'actifs, à l'image par exemple du Fonds de réserve pour les retraites qui est en train de finaliser un appel d'offres pour un mandat de gestion indicielle sur les matières premières agricoles. À la différence des épargnants, ces institutionnels sont plus sensibles au risque d'image et de réputation. Comme l'explique par exemple un banquier suisse qui préfère garder l'anonymat compte tenu du caractère sensible du sujet : " Certains représentants de fonds de pension helvétiques nous préviennent : ils refusent tout de go d'investir sur les denrées alimentaires. Et pas seulement pour des raisons éthiques : ils craignent par-dessus tout les réactions de groupes de pression et de leurs retraités ou cotisants. Les clients de la banque privée n'ont pas ce genre d'états d'âme. " Tirant les enseignements du tollé provoqué par la commercialisation par KBC d'un produit d'épargne vantant les mérites de la hausse du prix des denrées alimentaires, des établissements comme Lombard Odier Darier Hentsch envisagent ne plus proposer ce type de placement.Ceux qui continuent de commercialiser ce genre de produits de placement doivent de leur côté peaufiner leur discours. Et sur ce point, les spécialistes du marketing se trouvent face à un joyeux casse-tête : justifier que ni eux ni leurs futurs clients ne sont responsables de la situation catastrophique où se trouvent les agricultures de ces pays. " C'est le paradoxe de cette flambée des prix : elle peut se révéler une chance pour des pays qui, jusque-là, ne trouvaient pas leur compte à développer des filières agricoles efficaces faute de cours mondiaux assez attractifs. En investissant chez nous, nos clients participent à ce mouvement ", insiste Bruno Renard, responsable du bureau parisien de DWS, qui commercialise un fonds investi dans les actions d'entreprises agricoles. Tout en prenant bien soin de rappeler qu'il n'investit que " très ponctuellement " dans des entreprises de négoce. Stéphane de La Sfère, gérant de Diapason Commodities, un gestionnaire spécialiste des matières premières basé à Lausanne en Suisse, partage cette analyse : " Cette poussée de fièvre peut favoriser une évolution verte, un passage de l'agriculture intensive vers des cultures extensives, plus économes en eau, et bien plus adaptées au climat de certains pays où cette ressource fait cruellement défaut. "

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