Pour Moody's, l'origine de la crise réside dans la maîtrise des risques

C'est une industrie qui aime le risque mais le maîtrise mal. Telle pourrait être la conclusion de l'étude réalisée par le chef économiste de Moody's, Pierre Cailleteau, sur la crise financière. Baptisée Archéologie de la crise, cette analyse pointe les dysfonctionnements d'un secteur qui semble happé par une fuite en avant. C'est en effet la première des sept clés de compréhension qui sont données par l'auteur : les mécanismes qui retiennent généralement les acteurs économiques d'aller trop loin sont " défectueux ". À la différence des autres industries, la forte concurrence n'est pas forcément bénéfique au marché dans la mesure où elle incite à franchir toujours plus la ligne jaune. Par ailleurs, la contrepartie d'une très forte réglementation de la profession étant la garantie des banques centrales contre la disparition d'un acteur, cela " crée des distorsions de fonctionnement chez les agents économiques qui peuvent être incités à une prise de risque supplémentaire ", explique Pierre Cailleteau. Ces caractéristiques conduisent à des phénomènes moutonniers qui réduisent ce que l'économiste appelle la " biodiversité " : tout le monde est incité à agir de la même manière. Il souligne d'ailleurs le danger à vouloir appliquer à de nouveaux acteurs comme les hedge funds ou les fonds souverains les mêmes règles de comptabilité (en valeur de marché) que celles des banques : cela induirait un comportement identique de leur part, provoquant une amplification des phénomènes, alors que cesacteurs ont vocation à agir différemment.Dans ce contexte, l'économiste souligne " le pacte faustien entre les régulateurs et l'industrie financière " aux termes duquel il faut accepter l'innovation financière car elle est favorable à la croissance, tout en sachant qu'une crise est susceptible de faire son apparition. " Cette question n'a jamais été débattue ", affirme Pierre Cailleteau.PHENOMENE IRREVERSIBLEAutre sujet en suspens, celui de l'incompréhension de l'interaction entre le risque de crédit et les cycles économiques. Ce sujet, qui concerne autant les risk managers que les agences de notation, se résume ainsi selon l'économiste : " Les acteurs ont une bonne vision du risque d'un actif par rapport à un autre ; en revanche, il est très difficile d'avoir une analyse temporelle de ce risque. " Cette évolution est-elle davantage tirée par des changements structurels ou par le momentum du cycle ? Et d'ailleurs comment savoir où l'on se situe dans un cycle ?Ce flou dans l'analyse se double d'un phénomène que l'économiste estime irréversible. Selon lui, " la traçabilité du risque a été réduite de manière définitive ". Car sa dissémination s'est accompagnée d'une perte de niveau d'information qui ne peut être compensée. Deux remèdes peuvent être apportés, explique Pierre Cailleteau : " Exiger des acteurs financiers davantage de capital, ce qui reviendrait à payer une prime d'ignorance du risque. Et rendre l'information plus intelligible. " À cet égard, la quantité d'information n'empêche pas " la confusion intellectuelle sur la notion de liquidité ", qui assimile la liquidité macro-économique (épargne et réserves de change) à la liquidité micro-économique, qui permet de retourner une position sans que le prix sur le marché en soit affecté.Et s'il existe une illusion sur la profondeur du marché, l'économiste de Moody's remarque aussi l'absence d'un modèle de valorisation satisfaisant, le " mark to market " ou valeur de marché étant selon lui " la moins pire des solutions ". Il s'étonne néanmoins que sur les marchés boursiers ou les marchés des changes, il existe des garde-fous en cas d'emballement (respectivement les coupe-circuits et l'intervention des banques centrales), recours inexistant sur le marché du crédit où le " mark to market " est considéré comme idéal.

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