Les années noires du Lyonnais à nouveau devant la justice

Le Crédit Lyonnais a beau avoir changé de nom et s'être rebaptisé LCL, son passé continue de le hanter. Hier s'est ainsi ouvert devant la 11 e chambre du tribunal correctionnel de Paris le procès de l'homme d'affaires François Marland qui est poursuivi pour abus de biens sociaux. À ses côtés comparaît pour présentation de faux bilan Jean-François Hénin , l'ancien patron d' Altus Finance , une des filiales à l'origine des déboires de la banque publique au début des années 90. Car les faits qui sont jugés aujourd'hui remontent à cette époque, lorsque l'établissement du boulevard des Italiens, alors présidé par Jean-Yves Haberer, finançait généreusement (et on le sait maintenant, souvent à fondsperdus) toute une série de jeunes entrepreneurs.Parmi eux, François Marland, avocat de formation, s'était spécialisé dans la distribution. Il avait notamment acquis les groupes Disco et Escoulan grâce aux subsides d'Altus Finance. Mais cette course effrénée à la croissance était loin d'être maîtrisée et, devant la très grave détérioration de la situation financière de Marland Distribution, Altus a racheté en 1992 les parts de François Marland pour 160 millions de francs (24,4 millions d'euros) avant de se résoudre à déposer le bilan du groupe quelques mois plus tard. Au total, le préjudice pour la banque est évalué à 230 millions d'euros...UNE FACTURE POUR L'ETAT DE 700 MILLIONS DE DOLLARSCe dossier n'illustre pas simplement les dérives de la gestion de la banque. Il se double aussi d'une dimension symbolique particulière dans la mesure où François Marland, désormais installé en Suisse, s'est distingué en dénonçant l'affaire Executive Life aux Etats-Unis. C'est " par vengeance " contre le Crédit Lyonnais, comme il l'a lui même expliqué, qu'il a informé les autorités judiciaires américaines des conditions litigieuses dans lesquelles la compagnie d'assurance californienne avait été rachetée en 1991 par un groupe d'investisseurs, avec l'appui d'Altus Finance.Ce contentieux juridico-économique, un des plus sérieux ayant jamais existé entre la France et les Etats-Unis, s'est soldé pour l'État français par une facture de 700 millions de dollars. François Marland a touché 19 millions de dollars de la part des parties civiles américaines. Si l'affaire Executive Life s'est retrouvée jointe de façon incidente à l'instruction conduite par le juge Philippe Courroye sur Marland Distribution, aucune charge n'a au final été retenue à l'encontre de Jean-François Hénin ou encore de Jean-Claude Seys, le patron de la Maaf qui avait participé à cette transaction. Et sur ce point, François Marland, protégé par le parquet de Los Angeles, n'a jamais été inquiété par la justice de son pays... En revanche, concernant la déconfiture de son groupe, il encourt une peine maximale de cinq ans d'emprisonnement et 375.000 euros d'amende. Les débats se poursuivent jusqu'au 6 février.

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