Déstabilisée, la Société Générale tente de s'expliquer

Devant l'incompréhension et la stupeur provoquée la semaine dernière par l'annonce de la fraude ayant coûté 5 milliards d'euros à la Société Générale, ses dirigeants se sont à nouveau livrés au jeu de la transparence hier. " En l'espace d'une semaine, nous avons débouclé la position frauduleuse en veillant au bon respect des règles de marché. Nous avons mis sur pied une augmentation de capital garantie par deux grands établissements comme JP Morgan et Morgan Stanley. Nous avons travaillé en concertation avec les autorités de tutelle des banques et nous nous sommes employés, ces derniers jours, à rassurer nos salariés et nos clients ", a déclaré Jean-Pierre Mustier, directeur général adjoint en charge de la banque de financement et d'investissement (BFI).INCOMPREHENSIONLe premier éclairage apporté par le dirigeant concerne la taille de la fraude commise par le courtier incriminé, Jérôme Kerviel. D'un montant total de 50 milliards d'euros, ses investissements portaient à hauteur de 30 milliards sur des contrats de futures sur l'indice de la zone euro, l'Euro Stoxx, auxquels s'ajoutaient 18 milliards sur l'indice de référence du marché allemand, le DAX et 2 milliards sur l'indice britannique Footsie, toujours via les produits dérivés que sont les contrats de futures. Une exposition dont l'ampleur est à la mesure de l'incompréhension sur l'incapacité des procédures de contrôle de la banque à la détecter. " Nos systèmes de contrôle fonctionnent mais peut-être nécessitent-ils d'être améliorés ", a néanmoins concédé Jean-Pierre Mustier.La première modification consistera à mettre en place une procédure de contrôle de la taille des investissements (" l'exposition en nominal ") réalisés par les " traders " de la banque. Celle-ci s'ajoutera aux procédés déjà en vigueur en matière de contrôle, notamment celui de vérifier le risque de marché encouru par la banque, qui ne portait pas jusqu'à présent sur le montant des opérations mais se fonde sur l'analyse d'éléments macroéconomiques (évolution des marchés d'actions, de taux, de change etc.).En outre, la banque française a précisé le mode opératoire du fraudeur, qui est parvenu à déjouer le système informatique " en usurpant les codes d'accès appartenant à des opérateurs " et en réussissant à éviter tout flux de trésorerie suspect. Il est maintenant établi que Jérôme Kerviel compensait ses opérations réelles (portefeuille A) par des opérations fictives (portefeuille B) qui concernaient des instruments financiers ne nécessitant ni une confirmation de saisie immédiate - ce qui lui permettait de les annuler avant que des contrôles ne soient effectués - ni de sorties de trésorerie puisqu'il s'agissait de contrats à terme, négociés de gré à gré. L'enquête menée par les services d'inspection de la banque permettra d'apporter davantage de précision. De plus, la Société Générale indiquait hier qu'un audit externe supplémentaire serait soumis à la décision du comité des comptes - une émanation du conseil d'administration - dès demain." ECRAN DE FUMEE" Les investigations se poursuivent également au plan judiciaire. Entamée samedi après-midi, la garde à vue de Jérôme Kerviel a été prolongée de 24 heures, hier. " Cela se passe bien, l'enquête menée par les spécialistes de la brigade financière est extrêmement fructueuse ", a déclaré le chef de la section financière du parquet de Paris, Jean-Michel Aldebert. Les avocats de Jérôme Kerviel ont pour leur part accusé la Société Générale de vouloir " élever un écran de fumée qui détournerait l'attention du public de pertes beaucoup plus substantielles qu'elle a accumulées ces derniers mois ". Les hostilités sont déclenchées.

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