Le gré à gré facilite le cloisonnement et l'absence de contrôle

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Dans des métiers brassant des milliards, les garde-fous sont en théorie nombreux pour tenter d'éviter erreur ou fraude. Pourtant, rien n'a été détecté dans le montage de Jérôme Kerviel. Si au niveau du middle office la fraude n'a pas été identifiée parce que, explique la Société Générale, la position fictive compensait la position réelle, comment se fait-il que la comptabilité de la banque se soit laisser berner ? Pour nombre d'acteurs, ce tour de passe-passe est un vrai " mystère ".Un banquier avance pourtant une explication : " La comptabilité n'avait pas à faire de rapprochement comptable entre les deux positions parce qu'elles n'étaient pas liées. D'un côté, il y a des flux financiers auprès de la chambre de compensation [les deposits, soit environ 10 % de chaque contrat, Ndlr]. De l'autre, l'inscription au compte de chaque client pour lequel il y avait une opération de gré à gré, mais sans flux financier. " Par ailleurs, comment le dépassement des limites d'engagement du trader a-t-il été géré ? Dans chaque banque, le niveau d'exposition limite combine à la fois l'instrument financier concerné et l'expérience du trader. Et si la plupart des banques affirment aujourd'hui que le franchissement de ces limites est un tabou absolu qui justifie un licenciement, il se dit officieusement que ce dépassement, lorsqu'il est favorable à la banque, se négocie assez librement.INDICATEURS INADAPTES AU RISQUEIl semble d'ailleurs que les limites sur le marché de gré à gré se franchissent plus librement que sur les marchés organisés. À cet égard, Jean-Charles Rochet, professeur d'économie à l'École d'économie de Toulouse, souligne : " Quelqu'un qui gagne beaucoup d'argent devrait être pénalisé car cela signifie qu'il a pris trop de risque pour l'établissement. Il faudrait disposer d'indicateurs qui tiennent compte du risque : la performance brute du trader pourrait être défalquée du coût en capital de la prise de risque pour calculer son bonus. " Les banques préfèrent rester discrètes sur ces seuils, mais, explique le responsable d'une activité de marché, " pour un trader du niveau de Jérôme Kerviel, les limites sont au maximum de 50 millions d'euros ". On peut s'interroger sur la référence retenue dans le cas des arbitragistes : ce n'est pas l'exposition nominale, généralement très élevée, mais le solde des positions qui est considéré comme pertinent. Enfin, comment ne pas s'étonner que la chambre de compensation n'ait pas été alertée par les positions ? Eurex aurait alerté la SG sur le fait que l'établissement avait acheté 140.000 des 200.000 contrats sur le DAX en novembre. Mais, souligne un opérateur, " la chambre de compensation ne voit qu'une position globale de son adhérent. Or celui-ci est souvent compensateur pour de nombreux clients, ses propres filiales, notamment avec la gestion d'actifs, mais aussi de petits établissements financiers qui n'ont pas accès à la chambre de compensation. Cette dernière se trouve donc dans la quasi-impossibilité d'identifier une position particulière. "

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