La Société Générale maintient Bouton à son poste mais sous surveillance

La Société Générale suscite bien des interrogations depuis quelques jours. L'une d'entre elles vient d'être levée : son président-directeur général, Daniel Bouton, a été confirmé hier dans ses fonctions par le conseil d'administration mais il n'est plus seul maître à bord. Un comité spécial d'administrateurs aux pouvoirs très étendus a été créé pour piloter la gestion de la crise et superviser l'enquête menée au sein de la Société Générale. Il sera assisté du cabinet d'audit PwC. Mais Daniel Bouton n'est pas membre de ce comité.Le séisme s'est produit jeudi dernier, lorsque les dirigeants de la banque ont révélé qu'un trader ayant dissimulé ses positions avait perdu 4,9 milliards d'euros sur le marché des dérivés actions. Si cet employé est désormais entre les mains de la justice et que plusieurs de ses supérieurs hiérarchiques ont été remerciés, maintes voix se sont élevées pour souligner que le président de la banque devait lui aussi assumer ses responsabilités, en d'autres termes démissionner.SOUTIEN INDEFECTIBLENicolas Sarkozy, certains de ses ministres, de nombreux politiques et la vox populi ont clairement fait savoir que le départ de Daniel Bouton serait somme toute logique, car il ne pouvait s'exonérer de ses responsabilités. Rien de tout cela n'a réussi à ébranler le soutien du conseil d'administration de la Société Générale envers son PDG. Avec une nuance de taille toutefois, dans un pays où les présidents d'entreprise n'ont pas pour habitude d'être assistés par un comité spécial. Sur France 2 hier soir, Daniel Bouton ne s'est pas ému de cette situation. Il trouve normal que le comité travaille en toute indépendance. Ce comité est composé de trois administrateurs indépendants : Jean Azéma (directeur général de Groupama), Antoine Jeancourt-Galignani (ancien banquier, patron d'Indosuez) et Jean-Martin Folz (ancien président de Peugeot-Citroën). Ce dernier étant chargé de présider ce nouveau comité. Dans une déclaration, il a expliqué hier quelles étaient les missions de ce club des sages : " Ce comité s'assure que l'enquête indépendante qui démarre est bien complète, est conduite conformément aux normes d'audit, que les mécanismes de la fraude sont éclaircis et que toutes les conséquences en sont tirées. " Le comité veillera également à ce que l'information diffusée par la banque " rende compte fidèlement des constatations des investigations ".À la fin de sa déclaration, l'ancien patron de Peugeot a voulu, une nouvelle fois, renouveler sa confiance et celle du conseil d'administration à l'équipe Bouton. " Le président, Daniel Bouton, et le directeur général délégué, Philippe Citerne, ont pris dès le début de cette crise leurs responsabilités : ils ont présenté leur démission au conseil d'administration. Le conseil a lui aussi pris ses responsabilités : il a demandé à l'unanimité à Daniel Bouton et à Philippe Citerne de poursuivre leur mission. Aujourd'hui, il leur a confirmé sa confiance ", a-t-il conclu.RISQUE D'UNE OPA EVOQUEEPar ailleurs, réuni en fin de journée hier, le comité central d'entreprise a obtenu de la direction de la banque qu'une discussion soit ouverte sur " les systèmes de contrôle, l'organisation du travail et les modes de rémunération dans la banque d'investissement ", a-t-on appris hier soir. Les partenaires sociaux ont également évoqué le risque d'OPA qui pèse sur l'établissement. Un sujet qui a de nouveau agité les salles de marchés hier sur de nouvelles rumeurs de rachat. Le titre Société Générale a gagné 4,27 %. Sur France 2, Daniel Bouton, sans s'appesantir sur le sujet, a indiqué que la Société Générale pouvait rester indépendante car, malgré la crise, " elle est restée bénéficiaire " et que l'augmentation de capital lui permettra de se développer.Des contrôles imparfaitsLors de leur audition devant la commission des Finances du Sénat, les représentants des autorités de tutelle des banques et de la Bourse ont affirmé que certains contrôles internes à la Société Générale n'avaient pas fonctionné correctement, mais que la banque avait " bien agi " dès la découverte de la fraude qui lui a coûté 4,9 milliards d'euros. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et président de la Commission bancaire, qui a effectué 17 inspections entre 2006 et 2007 dans plusieurs départements de la Société Générale, avait formulé au printemps dernier des recommandations spécifiques préconisant un renforcement des contrôles internes. Mais elles n'ont pas toujours fait l'objet d'un suivi approprié. Michel Prada, président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), a expliqué qu'il aurait été dangereux de faire une annonce sur la fraude sans avoir trouvé les réponses appropriées.

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