La BCE prépare les esprits à une hausse des taux

Gare à l'inflation : les gendarmes monétaires du monde n'ont plus que ce mot à la bouche, Réserve fédérale en tête, dont pas moins de cinq "sages" ont agité le drapeau rouge depuis le début de la semaine. Ce qui rappelle opportunément que la mission première des banques centrales, qu'elles s'appellent Fed, BCE ou Banque d'Angleterre, est d'être les gardiennes de la stabilité des prix. D'empêcher que la "pâte dentifrice ne sorte du tube", comme aimait à le répéter Jean-Claude Trichet lorsqu'il présidait aux destinées de la Banque de France, empruntant l'allégorie à l'un de ses prestigieux coreligionnaires, Karl Otto Pöhl.Hier, c'est en tant que président de la Banque centrale européenne que Trichet a une nouvelle fois haussé le ton sur l'inflation, tout en annonçant que les taux étaient à "un niveau approprié", pour justifier le statu quo monétaire à l'issue du conseil de la banque centrale de Francfort. Mais, adoptant une stratégie à la Greenspan, le chef d'orchestre de la politique monétaire des Douze a savamment manié le vocabulaire. L'attitude "particulièrement vigilante" à adopter face à la menace inflationniste se transforme en nécessité de "forte vigilance". C'est-à-dire un cran plus haut dans l'échelle de Richter des risques. La tentation grandit donc de relever les taux dans la zone euro, inchangés à 2 % depuis juin 2003. Car, malgré la mollesse de la croissance, les baromètres de l'inflation s'emballent. Excès de liquidités. La croissance de la masse monétaire M3 a atteint 8,1 % en glissement annualisé en août, alors que la BCE lui fixe une valeur de référence de 4,5 %, l'indice des prix harmonisé s'est élevé à 2,5 %, alors qu'elle lui assigne un plafond de 2 % et les crédits au secteur privé ont flambé à 8,4 %. L'excès de liquidités se confirme. En filigrane du discours, l'euro était également présent, car son affaiblissement renchérit les importations, dont le pétrole est une des importantes composantes. Même si la monnaie unique s'est nettement ressaisie hier sous l'effet conjugué du discours de la BCE et de l'avertissement sans frais du Venezuela aux États-Unis (page 29) pour remonter de 1,19 dollar à 1,2145.Si les marchés n'intègrent pas encore pleinement de mouvement sur les taux avant la fin du premier semestre 2006, les probabilités d'un durcissement monétaire plus rapproché augmentent. Jean-Claude Trichet ne l'a pas caché : "Nous ne faisons aucune promesse aux marchés", la BCE agira à tout moment, "si nécessaire". Holger Schmieding, le stratège changes-taux de Bank of America, estime que si la hausse des prix des matières premières énergétiques commençait à provoquer des effets de second tour, la BCE pourrait passer à l'acte dès le début de l'an prochain. Néanmoins, la mollesse de la demande finale dans la zone euro devrait l'inciter à attendre jusqu'au deuxième trimestre. L'économiste prédit un taux refi à 2,75 % à la fin de 2006.Isabelle CroizardLa Banque d'Angleterre prise en tenaillesDans un contexte délicat pour les instituts d'émission, la Banque d'Angleterre est prise à contre-pied. Elle a amorcé en août un cycle de détente des taux, en abaissant, à contre-courant son taux directeur d'un quart de point à 4,50 %, alors qu'elle avait été l'initiatrice du précédent cycle de hausse. Hier, à l'issue de son conseil mensuel, elle a maintenu le statu quo monétaire, tiraillée entre les risques inflationnistes - l'indice des prix est remonté à son plus haut niveau depuis huit ans en août - et le ralentissement économique très marqué d'Albion, encore confirmé hier par la chute de 0,9 % de la production industrielle. Le niveau encore très élevé du loyer de l'argent outre-Manche lui laisse une - modeste - marge de manoeuvre.

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