Vive la peur du gendarme !

L'affaire Refco a déjà fait couler beaucoup d'encre, mobilisé pas mal d'énergie et suscité des conclusions peut-être mal venues. On peut se demander comment et pourquoi un col blanc, Phillip Bennet, qui est passé par les bancs de la Cambridge University, a décidé de piller le bilan d'une société qu'il a contribué à bâtir. On peut aussi s'inquiéter du travail des auditeurs (Grant Thornton) qui n'ont vu que du feu. On peut également douter de la sagacité des banques d'affaires - Bank of America Securities, Credit Suisse First Boston et Goldman Sachs - qui ont arrangé l'introduction en Bourse l'été dernier. Cependant, il convient de ne pas demander plus de réglementations ni de supplier le Congrès de renforcer une loi - Sarbanes-Oxley - qui n'a pas empêché le dernier désastre. Rappelez-vous, cette loi a été adoptée à la hâte par le législateur américain pour répondre à la série de scandales financiers qui ont secoué Wall Street depuis 2001. Aux États-Unis, Enron, Worldcom, Adelphia, Tyco, les banques d'affaires, les gérants de fonds mutuels ont défrayé la chronique après l'explosion de la bulle Internet. Sarbanes-Oxley était censée devenir le garde-fou des pratiques financières frauduleuses. Elle a surtout renchéri le travail d'audit des sociétés - on parle d'un doublement des honoraires -, favorisé les affaires des éditeurs de logiciels et multiplié les procédures internes dans les entreprises. "Lorsqu'un client me demande une estimation de prix, il faut que cette estimation soit proposée par un autre circuit que le mien, expliquait récemment un éditeur américain de logiciels. Non seulement ces procédures nous coûtent de l'argent mais elles pénalisent notre agilité." Bref, Sarbanes-Oxley a empoisonné la vie des firmes sans réussir à stopper les fraudeurs. Peut-être n'avait-on pas compris que la peur du gendarme est le meilleur mécanisme de protection de l'épargne.

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