Vers un mariage de raison entre MTS et Euronext-Borsa Italiana

Le sort de MTS sera bientôt scellé. Les trois candidats encore en lice pour le rachat de la plate-forme obligataire avaient jusqu'à aujourd'hui pour formuler une offre chiffrée, ferme et définitive auprès de Goldman Sachs, la banque conseil. Le verdict définitif devrait être rendu le 10 mai, à l'issue du conseil d'administration de l'entreprise italienne.Mais, entre eSpeed, la filiale de négoce électronique du courtier américain Cantor, Reuters, l'agence de presse internationale, et Euronext-Borsa Italiana, l'ensemble boursier formé pour l'occasion, c'est bien ce dernier qui s'annonce comme le futur ticket gagnant. Peu de professionnels en doutent encore, tant l'association de ces trois entités sur le marché obligataire paraît tomber sous le sens.Intérêt discutable. Et puis quel intérêt les banquiers propriétaires de MTS, mais aussi utilisateurs de la première plate-forme d'emprunts d'Etats de la zone euro, auraient-ils à céder leurs parts à des sociétés commerciales dont la quête de profit ne pourrait aboutir qu'à un relèvement des commissions de transaction ? Pourquoi Cantor et Reuters s'embarrasseraient-ils d'un MTS dont la philosophie a toujours consisté à privilégier ses clients, au détriment de ses actionnaires, en réduisant ses tarifs à mesure que son chiffre d'affaires augmentait ? Beaucoup s'interrogent aussi sur les motivations réelles de ces deux prétendants, à l'heure où le premier change de cap pour miser tout sur le courtage "à la voix" et où le second se débarrasse d'Instinet, une autre plate-forme de négociation.Difficile en revanche d'identifier des obstacles à une union avec Euronext, la Bourse paneuropéenne et Borsa Italiana, que les dirigeants de MTS appellent, en privé, de leurs voeux. Aujourd'hui cotée, la Bourse paneuropéenne conserve un héritage historique fondé sur le service collectif, qui s'accommoderait sans doute mieux de la culture MTS. Elle est en plus déjà actionnaire à 22,5 % de MTS France, dédiée aux emprunts d'Etat français, et à 33,3 % de MTS Next, spécialisée dans les indices obligataires. MTS France est aussi hébergé par Euronext dans ses locaux de la rue Cambon à Paris.L'acquisition de MTS serait aussi l'occasion pour Euronext de se réapproprier le marché obligataire qui lui échappe aujourd'hui. Et ainsi de trouver une nouvelle source de diversification, après avoir déjà acheté les marchés dérivés du Liffe en 2001. En association avec Bercy et les SVT (spécialistes en valeurs du Trésor), l'entreprise de marché travaille aussi activement à la relance du placement obligataire auprès des particuliers (lire ci-dessous).Identité conservée. L'association Euronext-Bourse italienne permettra à MTS de garder son identité nationale - l'honneur sera sauf pour les autorités transalpines - tout en préservant sa culture européenne et ses chances de développement international. Créée en 1988 à Milan à l'initiative du Trésor local, MTS n'avait plus les moyens financiers, humains et informatiques de ses ambitions. La plate-forme veut notamment étendre ses activités aux Etats-Unis et en Asie, mais aussi multiplier ses familles d'indices.Certains propriétaires de MTS redoutent néanmoins que la candidature de la Bourse italienne ne les obligent à revoir leurs ambitions sur le prix de vente, au nom d'une solidarité nationale, dont Euronext pourrait aussi tirer parti.Mais ces avantages matériels paraîtront négligeables si Euronext profite de cette occasion pour mettre la main sur la Bourse italienne et marquer un nouveau point face à Deutsche Börse.Nicolas Raulot

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