Moscou déterminé à introduire Rosneft

La cure d'amaigrissement que subissent les marchés émergents depuis deux mois n'affole pas le gouvernement russe. Moscou a en effet dévoilé hier les modalités d'introduction en Bourse de son groupe pétrolier, Rosneft, dont les titres devraient être cotés mi-juillet simultanément à Londres et à Moscou. Encore faudrait-il que le marché parvienne à digérer l'opération : la capitalisation de ce poids lourd du pétrole devrait représenter entre 60 et 80 milliards de dollars. Sachant que le flottant représentera entre 13 % et 19 % du capital, la levée de fonds pourrait atteindre 11,6 milliards de dollars, ce qui fait de Rosneft la cinquième plus grosse introduction en Bourse jamais réalisée, et la plus importante de l'année devant Bank of China, qui a levé 11,2 milliards début juin.La valorisation retenue pourrait toutefois faire tiquer les investisseurs alors que le premier concurrent de Rosneft, Loukoïl, présente des multiples de valorisation plutôt inférieurs. Le groupe a en effet vu sa capitalisation fondre de 77 à 59 milliards de dollars en l'espace de deux mois. Or, selon Aton Capital, un courtier moscovite, la valeur d'entreprise de Loukoïl représente aujourd'hui 6 fois son résultat d'exploitation, contre un multiple de 12 fois pour Rosneft si l'on prend le haut de la fourchette. Et pourtant Rosneft fait figure d'entreprise mal gérée au regard de son statut de groupe étatique.Son niveau de rentabilité devrait donc être amené à progresser. Rosneft, qui dispose de 18,9 milliards de barils de pétrole, présente également des multiples de valorisation supérieurs à Loukoïl en termes de réserves. Le baril est ainsi valorisé 6,7 dollars s'il est entre les mains de Rosneft, contre 3 dollars pour Loukoïl, et 16,24 dollars s'il appartient à Exxon.Plusieurs procédures. Outre les questions sur son prix, l'introduction de Rosneft soulève des interrogations quant à la constitution du groupe. La société Ioukos reproche notamment à Rosneft de lui avoir racheté sa filiale Iougansk en 2004 à vil prix. Or Iougansk représente aujourd'hui l'essentiel des actifs de Rosneft... Plusieurs procédures sont aujourd'hui en cours, dont un arbitrage dans lequel Ioukos réclame 14,3 milliards de dollars en Russie. Ioukos a déjà demandé aux autorités boursières londoniennes de ne pas accepter l'opération.Le PDG de Rosneft, Sergueï Bogdantchikov, a néanmoins déclaré, de façon plutôt inhabituelle, avoir déjà reçu "de nombreuses demandes pour une grande part des actions offertes". Le dirigeant a également indiqué que les investisseurs devraient au minimum acheter pour 15.000 roubles soit 555 dollars de titres, mais qu'un plafond d'investissement serait également fixé, à 2 % du capital. Soit la modique somme de 1,28 milliard de dollars.A. R.

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