Dominos arabes

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La fameuse théorie des dominos, inventée en Asie lors de la prise de pouvoir par les communistes, magistralement illustrée par la révolution de 1989 en Europe de l'Est, se met une nouvelle fois en oeuvre sous nos yeux : Tunis, Le Caire... Demain Alger ou Amman ? L'onde se déploie sur le monde arabe, faisant fi des frontières et des chars. Comme si le désir de liberté était contagieux, comme s'il était aiguillonné par une sorte de mimétisme à l'échelle, non pas seulement d'un pays, mais d'un continent. Cette accélération de l'histoire nous révèle l'autre face de la convergence mondiale. Dans les dernières années, le rattrapage des émergents s'est effectué d'abord au plan économique, offrant de nouveaux marchés et déchaînant une concurrence mondiale aiguë qui a souvent effrayé un Occident d'autant plus inquiet qu'il traîne une lourde dette. Voici que la convergence politique marque une nouvelle étape, avec cette brèche ouverte dans le camp de la dictature. C'est heureux d'abord pour les peuples qui ont eu le courage de soulever la chape de plomb, mais aussi pour nous. Cette révolution du Jasmin, quelle qu'en soit l'issue, offre une perspective nouvelle sur la confrontation entre les régimes autoritaires et les démocraties, entre le capitalisme d'État et celui du marché. Un tête-à-tête qui détermine l'histoire depuis deux siècles et s'incarne aujourd'hui dans la rivalité entre les États-Unis et la Chine. Oui, les dictatures peuvent sembler plus efficaces. Et pour cause. Un autocrate décide seul, en fonction des seuls intérêts de son clan. Oui, la démocratie peut sembler paralysée par la faiblesse de la classe politique, la versatilité des électeurs, l'obsession mortifère de la transparence. Et pour cause. Elle respecte l'individu jusqu'à l'excès, et lui donne toujours le choix. La démocratie a donc des défauts, qui sont comme le prix de la liberté. Mais elle a aussi un avantage comparatif que les dirigeants arabes découvrent, à leur détriment : elle fait envie. flenglet@latribune.f

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