Ben et le plantigrade

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Le 3 novembre restera dans l'histoire des États-Unis. Non pas à cause de la défaite des démocrates aux « mid-terms » et de la fin des ambitions réformatrices de Barack Obama. Mais parce que c'est le jour où Ben Bernanke, le président de la banque centrale, a tiré sa dernière cartouche contre la récession. Sans doute a-t-il ressenti une étreinte puissante, celle du chasseur qui, perdu dans une forêt et se trouvant face à un ours, laisse partir le dernier coup de son chargeur. La bête s'arrête, mais est-ce le bruit, ou l'effet de la blessure ? Le chasseur ne sait pas encore s'il a atteint le monstre. Il sait pourtant qu'il n'aura pas d'autre chance pour sauver sa peau.Telle est la situation du grand argentier réputé le plus puissant du monde. Mercredi, la Federal Reserve a en effet décidé d'acheter pour 500 milliards de dollars de bons du Trésor, en créant à cette fin de la monnaie - en faisant tourner la planche à billets. Après les centaines de milliards du plan de relance, après les taux d'intérêt à zéro, après des achats massifs de titres au plus profond de la crise de confiance de 2009, c'est l'ultime tentative pour contrer les effets persistants de la crise financière, qui dépriment l'activité et l'emploi en Amérique.Bernanke a-t-il une chance de relancer ainsi la croissance aux États-Unis ? C'est peu probable, sinon par l'intermédiaire d'une nouvelle baisse du billet vert, qui exportera le coût de l'ajustement en dehors de la zone dollar. En Europe notamment. De plus, la création massive de liquidités déstabilise le système financier mondial, car il alimente les bulles spéculatives. L'argent, fût-il créé aux États-Unis, file entre les lames du parquet et se retrouve aussitôt dans les pays émergents, où se bousculent les investisseurs. Même les pays qui contrôlent l'entrée des capitaux, comme la Chine, sont victimes d'un amour un peu envahissant. Une nouvelle fois, l'Amérique va tenter de soigner une crise en soufflant une bulle encore plus importante que la précédente. flenglet@latribune.frParFrançois LengletDirecteur de la rédaction

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