L'avenir politique de l'Italie suspendu à... celui de sa taxe foncière

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IMU. Ces trois lettres conditionnent depuis des mois le paysage politique en Italie. Symbole pour les transalpins du mandat de Mario Monti, cette taxe foncière avait été mise en place alors que l\'Italie cherchait à maîriser ses dépenses publiques sous l\'impulsion de Bruxelles l\'an dernier.L\'IMU, quasi responsable à elle seule du blocage politiqueTrès impopulaire, parce qu\'elle fait notamment payer une franchise de 200 euros à tous les ménages propriétaires de leur logement quel qu\'en soit la valeur, la taxe IMU était le socle de la campagne de Silvio Berlusconi lors des dernières élections. Principal opposant à cette taxe, le Cavaliere a pu ainsi faire son grand retour sur le devant de la scène, empêchant le centre-gauche de Pier-Luigi Bersani, donné gagnant, de l\'emporter. Pendant les deux mois suivants, faute de majorité claire, l\'Italie a vécu sans gouvernement.Après de douloureuses tractations, le PDL de Silvio Berlusconi a finalement accepté de soutenir une coalition menée par Enrico Letta, le nouveau président du Conseil italien. Mais à une condition : que la fameuse taxe soit abrogée. Le chef du gouvernement s\'est engagé à revoir le dispositif. Mais l\'équation est extrêmement compliquée pour le chef d\'un gouvernement dont l\'unité repose sur des alliances fragiles.Gagner du temps pour trouver le meilleur compromisPour Enrico Letta, l\'heure est à gagner du temps face à son opposant conservateur. Abroger purement et simplement le dispositif coûterait la bagatelle de 23 milliards d\'euros. De cela, il n\'est pas question. Mais supprimer la partie ne concernant que la résidence principale, ce que réclame Silvio Berlusconi, couterait tout de même 4 milliards d\'euros. Dans l\'entourage du président du Conseil, on préfèrerait réaménager le dispositif afin de le rendre plus juste. Des pistes ont été évoquées pour un montant de 2 à 3 milliards d\'euros.Pour le moment, il semble que l\'on se dirige vers un moratoire pour l\'année en cours. Cette semaine, un décret devrait suspendre le volet résidence principale de l\'IMU à partir de juin. Mais quelle que soit l\'issue des tractations, il faudra mettre la main à la poche. Et il n\'est même pas sûr qu\'un dispositif remanié ne satisfasse le PDL du Cavaliere. Bref, Enrico Letta marche sur des oeufs.Pas une priorité sur le plan économiqueLa situation est d\'autant plus compliquée à gérer que les lignes de front sont nombreuses pour le nouveau gouvernement. Vendredi, PierPaolo Baretta, du ministère de l\'Économie a fait état de 6 à 8 milliards d\'euros à trouver pour boucler le budget de cette année. En détail, en plus du remaniement ou de la suppression de l\'IMU, annuler l\'augmentation de la TVA prévue en juillet pour soutenir la consommation couterait 2 milliards d\'euros.A cela s\'ajoute la question cruciale de la Caisse d\'intégration, le principal amortisseur social du pays. Ce dispositif, déjà à cours d\'argent, permet de financer une partie du salaire en période de creux pour les entreprises : les aides n\'avaient pu être distribuées par l\'organisme aux entreprises bénéficiaires en octobre, novembre et décembre dernier. Faute d\'un refinancement à hauteur de 1,5 milliard d\'euros, les entreprises devront licencier. On parle de 700.000 chômeurs potentiels de plus dès cette année selon un scénario pessimiste.Le spectre du blocage politique plane toujours sur l\'ItalieC\'est dans ce contexte de tension extrême qu\'Enrico Letta a effectué une tournée européenne lors de laquelle il n\'a cessé de marteler qu\'il avait besoin de marges de manœuvre pour réussir sa mission de relance de l\'économie italienne. En fait, il lui en faut aussi ne serait-ce que pour assurer la survie de son gouvernement. Faute de quoi, si le PDL lui retire son soutien, le pays sera à nouveau bloqué.Le président de la République Giorgio Napolitano n\'aurait alors pas d\'autre choix que de dissoudre le parlement et de provoquer de nouvelles élections. Or, dans les sondages, le centre-droit de Silvio Berlusconi est en tête, Mario Monti plafonne toujours à des niveaux très bas, et le centre gauche d\'Enrico Letta est en perte de vitesse. En passant pour celui qui aura refusé d\'abroger l\'IMU, le leader du centre-gauche s\'ôterait par ailleurs toute chance de l\'emporter dans un pays qui compte plus de deux tiers de propriétaires.Bruxelles n\'a pas d\'autre choix que de soutenir Enrico LettaConsciente de l\'échec politique de son poulain Mario Monti et choquée par le résultat des élections de février qui ont vu, en plus du retour du Cavaliere, l\'avènement du mouvement contestataire de Beppe Grillo, la Commission européenne s\'est dite disposée à soutenir le retrait du pays du dispositif d\'infraction pour déficits publics excessifs de l\'Italie. A condition d\'assurer qu\'elle restera en dessous des 3% de déficits sur le long terme.En réalité, si elle ne veut pas voir les mouvements populistes prendre de l\'ampleur en Italie, elle n\'a guère de choix : que le fédéraliste Enrico Letta lui présente un plan de route crédible ou pas. Tout ce que peut réclamer Bruxelles dans la situation actuelle, c\'est que le chef du gouvernement poursuive les réformes structurelles entamées par Mario Monti... avec les marges de manœuvre que lui offre le contexte politique interne. C\'est-à-dire très peu.

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