Ceux qui osent dire non à Sarkozy

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Un pouvoir génère toujours des contre-pouvoirs. L'hyperprésident Nicolas Sarkozy a trouvé les siens. Mais ils ne s'appellent pas Martine Aubry, François Bayrou ou Jean-François Copé, pas plus que François Chérèque ou Bernard Thibault. Mais plus sûrement Jean-Louis Debré, le président du Conseil constitutionnel, Jean-Marc Sauvé, le vice-président du Conseil d'État, ou Jean-Ludovic Silicani, le président de l'Arcep. En censurant des décisions politiquement majeures comme, le 30 décembre, la création de la taxe carbone, le Conseil constitutionnel semble s'être érigé en assemblée politique. Il ne jugerait plus la seule constitutionnalité de la réforme mais son opportunité politique. C'est du moins la critique qui se répand à droite. Il est vrai qu'en 1981, la gauche formulait la même à l'égard du Conseil de l'époque qui avait retoqué la première loi de nationalisation. De leur côté, les juges judiciaires pourraient bien être à nouveau mis sur la sellette, le 28 janvier, par l'exécutif si les magistrats du tribunal correctionnel de Paris ne condamnent pas Dominique de Villepin pour le rôle joué par l'ancien Premier ministre dans l'affaire Clearstream. Mais aujourd'hui, les actes d'indépendance des juridictions et des autorités administratives prennent une dimension particulière. Faute d'une opposition audible et d'une liberté de parole suffisante au sein de la majorité, seuls les juges sont en mesure de tempérer les ardeurs et les excès du pouvoir. Par inclination personnelle autant qu'en raison de l'évolution institutionnelle, Nicolas Sarkozy a transformé la présidence en hyperprésidence. Il a fait de l'Élysée le centre unique de la décision politique en France. Malgré la réforme constitutionnelle qui revalorise en principe le rôle du Parlement, le quinquennat limite en réalité les initiatives des députés dont la réélection sera faite dans la foulée de celle du président. Ceux qui pourraient être tentés de faire dissidence aujourd'hui prennent le risque de ne pas être réinvestis en cas de second mandat de Sarkozy... La menace est assez efficace, et elle le sera de plus en plus à mesure que l'échéance du renouvellement s'approche. Si Jean-François Copé, le patron des députés UMP, creuse méthodiquement son sillon en faisant entendre chaque semaine sa différence avec Nicolas Sarkozy, il prend soin de ne jamais franchir la ligne blanche qui le brouillerait définitivement avec le chef de l'État. Quant au Sénat, son président, Gérard Larcher, a certes averti que la Haute Chambre n'accepterait pas à l'avenir de voter n'importe quelle réforme, en particulier celle des collectivités territoriales. Mais la Haute Assemblée n'a jamais été jusqu'à présent plus loin que cet avertissement. Malgré quelques aménagements, la réforme de la taxe professionnelle a bel et bien été votée par les sénateurs?Du côté de l'opposition, ce n'est ni la gauche ni le Modem qui gênent encore beaucoup Nicolas Sarkozy, même si Jean-Marc Ayrault, le président du groupe PS de l'Assemblée, a déclaré cette semaine lors de ses v?ux que le PS ne lâcherait pas l'Élysée en 2010. Tant que des vrais contre-pouvoirs politiques n'auront pas émergé, la place est donc prise par les institutions de contrôle ou de régulation.

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