Jean-Luc Allavena, de Pechiney à Pechiney

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Rien n'indique l'entregent du maître des lieux. L'immeuble de l'avenue Marceau, à deux pas de la place de l'Étoile à Paris, est de ceux que l'on ne remarque pas. Et, à l'étage, le beige des moquettes et le design dépouillé des bureaux donnent un sentiment délibérément impersonnel. Jean-Luc Allavena, tout jeune quinqua, y reçoit avec simplicité, dans ce qui n'est que le pied-à-terre parisien d'Apollo Management, le fonds d'investissement d'origine américaine à qui l'on doit la renaissance, annoncée début août, d'une partie de l'ex-groupe Pechiney. L'homme et son parcours ne peuvent, pourtant, que piquer la curiosité.Flash-back. Novembre 1992, un jeune homme de 29 ans est nommé à la direction financière de Techpack, un spécialiste de l'emballage de luxe. Les critiques pointent aussitôt du doigt son manque d'expérience. Jeune diplômé de HEC, Jean-Luc Allavena a pour seul bagage professionnel cinq années passées chez Paribas et à la Lyonnaise des Eaux. Or, la situation financière de Techpack est complexe. La société a fait l'objet du premier grand LBO français, une technique qui permet de racheter une entreprise en recourant fortement à l'emprunt.Les actionnaires (LBO France, spécialiste de cette technique, et Pechiney) sont exigeants. Le nouveau directeur financier s'acquitte avec brio de sa tâche, bien que Techpack soit « une fédération d'une vingtaine d'usines dans le monde », se souvient Alain Chevassus, qui fut le patron emblématique de la société entre 1976 et 1999. Quelques mois suffisent à Jean-Luc Allavena pour s'imposer. En juin 1997, le géant français de l'aluminium prend le contrôle total du spécialiste de l'emballage. D'abord avec Alain Chevassus, puis sans. À 36 ans, Jean-Luc Allavena succède à son « père spirituel ». Quelques mois plus tard, estimant l'intégration de Techpack achevée, il part à son tour.Il ne tarde pas à trouver un point de chute. En février 2000, lors d'un dîner, il rencontre Arnaud Lagardèrerave;re. Ce dernier recherche un numéro 2 pour Lagardèrerave;re Média. Le courant passe si bien que Jean-Luc Allavena, nommé directeur général adjoint en septembre 2000, est chargé de concevoir les développements futurs et, plus stratégique encore, d'améliorer la rentabilité des métiers. Mission accomplie puisqu'il obtient une croissance annuelle du résultat d'exploitation à deux chiffres, au prix d'une réduction des coûts de plusieurs dizaines de millions d'euros.« Son rôle dans le développement de la société n'a pas été négligeable, témoigne un cadre dirigeant du groupe. À son arrivée, il avait beaucoup d'idées nouvelles. Mais sa position était difficile, car son travail de compression des coûts bousculait les patrons des divisions, qui travaillaient jusqu'alors avec une certaine indépendance. » En 2003, il est aux côtés d'Arnaud Lagardèrerave;re quand ce dernier succède à son père, décédé en mars. En 2005, le nouveau patron initie le recentrage du groupe sur les médias. C'est, pourtant, à ce moment-là, qu'Allavena quitte le groupe.Le prince Albert II se fait en effet pressant, au décès de Rainier III, et lui demande de le rejoindre. Jean-Luc Allavena, natif du Rocher, tient alors ce qu'il appelle « un engagement d'adolescence ». Le 12 juillet 2005, il est aux côtés du prince pour rédiger son discours d'avènement et devient, à 42 ans, son directeur de cabinet. « Rapidement, le cabinet prend une place importante, se souvient l'un de ses membres. On nous reprochait d'avoir constitué un ?gouvernement bis?, ce qui a forcément tendu les relations avec le gouvernement, et notamment le ministre d'État. »Jean-Luc Allavena n'est pas prêt à jouer les seconds rôles. Il lance plusieurs chantiers pour moderniser le Rocher, comme l'extension en mer et le développement de la place financière monégasque. Ce volontarisme est salué, mais agace aussi. Le directeur de cabinet garde le cap. En novembre 2006, un communiqué princier annonce son départ : sa mission, qui consistait à « mettre en place l'organisation et l'orientation voulues », est accomplie, estime le prince Albert II.Après l'industrie, les médias et la politique, Jean-Luc Allavena goûte alors à un autre métier : la finance. Il est recruté par l'un des plus puissants fonds d'investissement au monde, Apollo, et prend les commandes du nouveau bureau de Paris. Non sans avoir sollicité l'avis de François-Henri Pinault. « Il est venu me voir, comme il l'avait fait avant de rejoindre Monaco, explique le PDG de PPR. Nous nous sommes côtoyés pendant deux ans à HEC et nous continuons à nous voir. Nos maisons de campagne sont proches et nous jouons au tennis le week-end. » L'avis de François-Henri Pinault n'est pas neutre. Car Apollo a défendu des intérêts opposés à ceux du groupe Pinault et de l'État français dans l'affaire Executive Life, ce scandale californien qui a éclaboussé le Crédit Lyonnais. Chez Apollo, Jean-Luc Allavena n'arrive pas en terre inconnue. Il y retrouve Leon Black qui, entre 1995 et 1996, avait été tout proche de racheter Techpack, lorsqu'il en était le directeur financier. Un petit hasard de la vie, comme il en a connu beaucoup. Se doutait-il, lors de son arrivée chez Apollo, qu'il serait amené à conduire le rachat de la division « produits usinés » d'Alcan, anciennement Pechiney ? Et que cette activité serait présidée par Christel Bories, qui, en plus d'être une camarade de promotion à HEC, n'est autre que celle à qui il référait lorsqu'il dirigeait Techpack ? Les liens tissés par Jean-Luc Allavena lui ont servi de fil rouge tout au long de sa carrière. Ceux qui l'ont côtoyé le qualifient de « fidèle », « entreprenant », « enthousiaste ». Tous rendent hommage à son « entregent ». En témoigne son engagement à HEC, où il est membre de l'« advisory board » et président d'honneur de la Fondation et de l'Association des diplômés. « Il est passionné par le développement de l'école », confie Bernard Ramanantsoa, directeur général du groupe HEC Paris, qui fut aussi son professeur de stratégie au milieu des années 1980. « C'est lui, par exemple, qui a eu l'idée de lever des fonds auprès de grands donateurs. » Un projet que poursuit aujourd'hui Daniel Bernard : « Il m'a convaincu, raconte l'ex-PDG de Carrefour, actuel ?chairman? du groupe britannique Kingfisher. Il est convaincu que les anciens doivent rendre quelque chose à leur école, pour la hisser aux meilleurs rangs mondiaux. C'est la Fondation qui paie la scolarité des élèves boursiers. »À seulement 47 ans, Jean-Luc Allavena a déjà construit un étonnant parcours. En attendant la prochaine étape...Pierre-Angel Gay et Alexandre Madde

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