L'unique rescapé de l'affaire Kerviel

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Une semaine après le début du procès Kerviel, les questions ne trouvent pas toutes des réponses dans la salle des Criées de la onzième chambre du tribunal correctionnel de Paris. Mais ce lundi, un personnage clé va témoigner?: Christophe Mianné. Il était à l'époque le responsable des dérivés actions, l'activité dans laquelle évoluait Jérôme Kerviel.La Société Généralecute; Générale assure que ce procès est très important pour qu'elle tourne définitivement la page. Car en interne, beaucoup de choses ont changé. Environ 100 millions d'euros ont été investis pour renforcer les contrôles. Mais nombre de salariés et cadres, de confrères extérieurs et de clients ne comprennent pas pourquoi, deux ans et demi après la fraude, le témoin du jour est toujours en poste à la Société Généralecute; Générale.Car, sur les neuf responsables hiérarchiques de Jérôme Kerviel, jusqu'à Daniel Bouton et en passant par le patron star de la banque d'investissement Jean-Pierre Mustier, tous sont partis sauf Christophe Mianné. Entre 1999 et 2008, il était responsable de l'activité où exerçait Jérôme Kerviel à la Société Généralecute; Générale. Au lendemain de la fraude, il avait été gardé pour ne pas décapiter toutes les activités de marché, indispensables à la survie de la banque. En interne, beaucoup n'ont pas compris pourquoi il avait été préservé au détriment de son adjoint Luc François qui faisait davantage l'unanimité auprès des équipes. Christophe Mianné est un patron emblématique qui s'affichait comme le plus apte à tenir les équipes. « On n'a pas osé s'attaquer à lui car il était un patron charismatique et craint », souligne un ancien dirigeant. Il était en tout cas perçu comme un rempart contre une éventuelle attaque de BNP Paribas à l'époque. Dans les mois qui ont suivi la fraude, il a rempli sa mission au mieux, traversant l'automne 2008 et la faillite de Lehman Brothers sans heurts.Mais deux ans et demi après les faits, sa présence dans les tours de la Société Généralecute; Générale à La Défense crée encore un sentiment de malaise. Doué, talentueux, Christophe Mianné est un pur produit de la division phare de la banque?: les dérivés actions. Formé par Antoine Paille, le créateur de cette « machine à cash », il a développé pendant dix ans les produits structurés qui ont fait la richesse du groupe. Mais il a aussi incarné les deux dérives pointées du doigt après l'affaire Kerviel.Tout d'abord, les rapports de l'inspection générale de la banque et du cabinet d'audit PricewaterhouseCoopers ont critiqué sévèrement les défaillances humaines, estimant que « les opérateurs n'approfondissent pas systématiquement leurs contrôles au-delà de ce que prévoient les procédures ». Les témoignages d'anciens collaborateurs de Christophe Mianné, qui s'autorisent aujourd'hui à parler, rapportent qu'« il considérait les contrôles comme des coûts et refusait d'y investir pour ne pas amputer les enveloppes de bonus ». Certains vont même jusqu'à dire qu'il avait pour les contrôles un « mépris absolu », et soulignent que « l'absence de contre-pouvoir était organisée ».La seconde dérive tenait à la culture même de ce département qui vivait en circuit fermé, en silo par rapport au reste de la banque, un « État dans l'État ». Comme Christophe Mianné était à la tête de l'activité la plus lucrative de la Société Généralecute; Générale, sa réussite lui a toujours conféré beaucoup de libertés. Décrit comme un chef de bande au caractère bien trempé, il est connu pour son dirigisme musclé. Surnommé « Miannescu » en interne, il aurait fait subir des humiliations publiques à des traders qui perdaient de l'argent ou allaient contre ses idées. Au fur et à mesure des années, cette forme de « management de la terreur » a rendu les équipes un peu paranoïaques et conduit à un manque de communication entre les traders.Si la présence de Christophe Mianné était indispensable après la fraude, pourquoi l'est-elle encore aujourd'hui?? « Un tel changement est difficile à organiser », concède un ancien dirigeant. « Il n'y a pas de remplaçant en interne. » Deux ans et demi après l'affaire Kerviel, l'un de ses principaux responsables hiérarchiques reste irremplaçable. Car la rentabilité de la banque, très dépendante des activités de marché, repose en réalité toujours sur lui. Ces deux dernières années, la banque traversait une période difficile et ne pouvait se passer de ce chef emblématique. Mais rien dans la politique des ressources humaines de la banque d'investissement n'a été mis en place pour préparer la succession de Christophe Mianné.Un constat étonnant alors que le PDG, Frédéric Oudéa, a changé quasiment tous les cadres dirigeants des autres branches (banque de détail, services financiers). En mai 2008, il se disait que Frédéric Oudéa voulait changer la culture de la banque d'investissement, qu'il y ferait venir du sang neuf de l'extérieur pour casser ce modèle clanique. Le nouveau responsable de la banque d'investissement Michel Péretié devait incarner ce changement en douceur dans le courant de l'année 2009. Même si la révolution culturelle n'a pas eu lieu, l'entourage de Frédéric Oudéa assure qu'il est conscient que garder le patron des activités de marché est problématique pour la banque et son image. Entre 1998 et 2001, l'actuel PDG de la SocGen était responsable de la supervision globale et du développement du département actions dirigé alors par Christophe Mianné. Il avait eu beaucoup de mal à imposer un projet de fonctions supports (contrôles) face à l'opposition du patron du département.Aujourd'hui, la position de Christophe Mianné est plus forte encore qu'auparavant. Il dirige l'ensemble des activités de marché et plus seulement celles dédiées aux actions. Cette nouvelle organisation lui a d'ailleurs permis de mettre tous ses proches aux postes clés. Le seul homme qui arrivait à le contrôler, Jean-Pierre Mustier, a quitté la banque il y a un an. Malgré cela, la Société Généralecute; Générale repète qu'il a beaucoup changé, en bien. En interne, certains racontent en revanche qu'il reprend ses mauvaises habitudes. Cette situation peut difficilement s'éterniser. Quelques semaines après la fraude de Jérôme Kerviel, alors que les rumeurs le donnaient partant au bout de trois mois, Christophe Mianné avait lancé à ses équipes?: « Je resterai plus de trois mois mais, rassurez-vous, ce ne sera pas plus de trois ans. » Sollicité, l'intéressé n'a pas souhaité nous répondre. Matthieu PechbertyAprès la fraude de Jérôme Kerviel, huit de ses neuf supérieurs hiérarchiques ont quitté la Société Généralecute; Générale. Seul Christophe Mianné est toujours en poste. Il incarne la culture et les manquements au sein des salles de marché.

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