Taxe Tobin : la bataille des chiffres fait rage entre Bruxelles et les banquiers parisiens

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Il arrive que les débats et affrontements entre opposants à une politique donnent lieu à des chiffrages divergents. Avec la taxe Tobin, qui entrerait en vigueur le premier janvier 2015, l\'écart de chiffrage atteint des sommets. Qu\'on en juge : s\'agissant de la France, les banquiers français, qui dénoncent la folie de cette taxe sur les transactions financières, estiment qu\'elle représentera quelque 70 milliards d\'euros, sur un total de 150 milliards au sein des 11 pays européens ayant décidé de l\'appliquer. Selon la commission des Bruxelles, ce nouveau prélèvement représentera, pour la finance hexagonale... sept milliards d\'euros (sur un total de 34 milliards pour les 11 économies concernées). Un écart de un à 10.... difficilement explicable.Les banquiers français contestent la méthode de calcul de BruxellesPour Natixis, la taxe représenterait 7 milliards d\'euros, a déclaré son directeur général, Laurent Mignon. Pour le Crédit agricole, ce serait 17 milliards. Pas étonnant, au vu de ces chiffres, que la « charge » globale (qui sera évidemment répercutée sur les clients) pesant sur les banques françaises atteigne donc 70 milliards.Les fonctionnaires de Bruxelles campent sur leurs chiffres, établis sur des bases considérées comme sérieuses. De leur côté, les banquiers français affirment que Bruxelles a calculé le rendement de la taxe, puis appliqué un abattement de 80%, avec l\'idée que nombre d\'activités éligibles à cettte taxe s\'arrêteraient purement et simplement. Ce qui expliquerait l\'écart de chiffrage, puisque les banquiers français ont, eux, réalisé un calcul « brut » : ils ont appliqué les taux de la taxe (0,1% sur les achats d\'actions et obligations, 0,01% sur les dérivés) au volume de transactions constaté en 2012. Le calcul bruxellois avec abattement massif, les financiers parisiens le contestent, bien sûr.Limiter sans dommage le trading à haute fréquenceA la commission européenne, on se défend d\'avoir utilisé un système aussi bête et méchant. Certes, des abattements ont été pratiqués, mais produit par produit, pour tenir compte du fait que le volume de certaines transactions va bien sûr baisser. Il est vrai que les recettes de la future TTF reposeront surtout sur les produits dérivés, qui font l\'objet de plus de transactions. Les achats et ventes de dérivés rapporteraient 21 milliards sur les 34 milliards attendus dans les 11 pays concernés. L\'idée est que des pratiques comme le trading à haute fréquence peuvent diminuer, sans trop de dommage pour la place financière de Paris.Une idée qui fait s\'étrangler la place de Paris : des activités de gestion (sicav monétaires, notamment) qui reposent sur un grand nombre de transactions et offrent un rendement faible, ne pourront plus être rentables: elles vont purement et simplement être délocalisées, avance-t-on. D\'où la lettre commune envoyée à Pierre Moscovici par six associations professionnelles (Medef, FFSA, Paris Europlace...) pour dénoncer la future taxe. Pour autant, l\'estimation réalisée par la place de Paris (70 milliards d\'euros) est sans doute exagérée, ne tenant aucun compte de la capacité d\'adaptation des banques, qui peuvent réduire le volume de certaines transactions, sans trop de dommages. C\'est une estimation « brute », admettent les banquiers. Comme souvent, la vérité des chiffres se situe sans doute entre les 7 milliards de la commission et les 70 des banquiers français... 

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