L'éditorial de Sophie Gherardi : Travailler plus pour gagner plus, ça marche

C'était l'idée phare et le slogan le plus efficace du candidat Sarkozy. "Travailler plus pour gagner plus". Cette promesse politique avait séduit. Elle a été perdue de vue dans le déluge des réformes de 2007-2008, dont beaucoup n'ont voulu retenir que le bouclier fiscal, le fameux "cadeau fait aux riches". Et puis la crise est arrivée, avec ses licenciements, ses faillites, son chômage en hausse et ses embauches en baisse. C'est avec rage, alors, qu'on évoquait l'incantation sarkozienne du "travailler plus...". L'échec, le pire échec du quinquennat, il était là. Aux élections régionales, les Français ont fait payer au parti du président leur déception. Incitations diversesMais à y regarder de plus près, plusieurs instruments créés pour inciter au travail sont en train de démontrer leur efficacité. Le plus spectaculaire est le statut de l'auto-entrepreneur. En mars, 43.828 de ces mini entreprises ont été créées. Le ministre Hervé Novelli espère atteindre 400.000 pour 2010 après 320.000 en 2009, première année d'existence du dispositif. Même si un tiers des auto-entrepreneurs ne déclaraient pas de chiffre d'affaires fin 2009, le revenu moyen monte de mois en mois. Salariés, étudiants, chômeurs ou retraités qui se sont lancés dans l'aventure travaillent plus et gagnent plus. Deuxième innovation de 2009 : le cumul emploi retraite sans limitation. Là, les chiffres officiels manquent encore, mais on sait déjà que plus de 200.000 retraités travaillaient avant la réforme. Comme elle facilite grandement la chose, tout indique que les retraités s'en sont saisis.Travailler plus longtempsDans le même ordre, la surcote plus favorable aux salariés qui retardent leur départ en retraite en a encouragé près de 83.000, soit 12,6% des nouveaux retraités, a travailler quelques semestres de plus (6,8 trimestres en moyenne). Troisième innovation, le Revenu de solidarité active (RSA) : en février, 626.000 "travailleurs pauvres" ont perçu un revenu en plus de leur salaire, malgré un système compliqué. Ce RSA d'activité est la nouveauté, tandis que le "RSA socle" touché par 1,13 million de personnes remplace simplement le RMI. Quatrième mesure d'incitation au travail : les heures supplémentaires. Au 4e trimestre 2009, les salariés à temps complet ont fait en moyenne 10 heures et 30 minutes en heures supplémentaire défiscalisées, soit 5,7% de plus qu'à la même période en 2008, au début de la crise. Sur l'ensemble de 2009, le total reste inférieur de 7% au total de 2008, mais l'activité économique était aussi nettement plus faible. On peut évidemment faire observer que les entreprises préfèrent remonter le nombre d'heures sup' plutôt qu'embaucher, puisqu'elles y ont intérêt fiscalement parlant. Il n'empêche que les salariés (ou les fonctionnaires, notamment les professeurs) ne rechignent pas à la tâche si cela permet d'arrondir les fins de mois. Alors, on peut faire la fine bouche, dénoncer une foule d'autres mesures injustes ou mal fichues. Mais le travailler plus pour gagner plus, même en ces temps de basse conjoncture, ça marche.S.GH

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