Wall Street, Fukushima : un même paradigme

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Hier, rien n'était simple. Aujourd'hui, tout se complique. Alors que le séisme financier de l'automne 2008 continue de produire ses effets, un cataclysme nucléaire venu du Japon ébranle à nouveau la planète. Deux événements a priori sans rapport mais qui semblent pourtant participer d'une même famille de crises systémiques dont on se demande si elles doivent faire partie désormais de notre quotidien. Et les questions que soulève aujourd'hui le désastre de Fukushima alimentent déjà ces débats cruciaux sur l'avenir de nos économies qui sont apparus dans le sillage de la crise financière. Comme si les deux crises contribuaient à une même métamorphose de nos sociétés industrielles.La comparaison a toujours ses limites. Mais on ne peut être que frappé par les points de similitude entre ces deux crises majeures, à la fois sur leurs origines et leurs causes mais aussi sur les conséquences et sur les réponses qui leur ont été données. La racine du mal est toujours la même : l'innovation au service du consommateur. D'un côté, l'innovation financière, parée de toutes les vertus, principal moteur de la croissance mondiale, a été encouragée pour permettre aux ménages, y compris les plus modestes, de s'endetter à meilleur prix et de profiter ainsi de tous les bienfaits de la modernité. De l'autre, l'industrie nucléaire a prospéré sur une promesse : l'accès à une énergie bon marché, quasi illimitée et, plus récemment, écologique. Qui dit innovation dit risque, apportant son lot de réglementations, de régulation, de surveillance, de contrôles. Que les régulateurs des banques soient des banquiers ou que les inspecteurs nucléaires soient des ingénieurs nucléaires convaincus n'étonne plus personne. La fameuse déclaration de la sûreté de l'Agence internationale de l'énergie atomique aux lendemains de Tchernobyl - « Même s'il y avait un accident de ce type tous les ans, je considérerais le nucléaire comme une énergie intéressante » - fait écho aux errements des banquiers centraux attachés malgré tout à leurs croyances en pleine tempête financière.Le monde va également à nouveau s'interroger sur les limites des modèles mathématiques censés prévenir les risques. On se rappellera ainsi cette évidence surgie de la crise financière : un modèle peut estimer ce qui va se passer dans 99 % des cas, mais ne peut prévoir le « Cygne noir » de Nassim Taleb, ce fameux « 1 % » imprévisible. Comment s'attendre à la chute de Lehman Brothers quand, jusque-là, aucune banque centrale n'avait laissé tomber un établissement de cette envergure ? De la même façon, comment la centrale de Fukushima pouvait-elle se préparer à affronter une vague de 14 mètres quand, jusqu'ici, aucun tsunami n'avait dépassé les 10 mètres ? De quoi, une fois de plus, s'interroger sur notre religion des modèles, cette tendance à vouloir tout prévoir sans avoir les outils pour le faire.Face à l'ampleur du désastre, le politique se mobilise, dramatise, promet plus de sécurité et de transparence, jusqu'à des changements de sociétés. Pourtant, comme dépassé par la complexité du monde, il a depuis longtemps abandonné ses prérogatives à des « experts ». La réponse aujourd'hui, c'est « le stress test », celui pour les banques qui ne convainc personne, en particulier les professionnels des marchés, celui pour les centrales qui ne remportera sans doute pas davantage de suffrages. Il faudra attendre le rapport circonstancié d'experts pour permettre à l'opinion de se faire une opinion. Mais, sans attendre, il n'est évidemment pas question de remettre en cause le nucléaire, comme il n'est pas question de renoncer aux produits dérivés, un temps jugés, eux aussi, toxiques.

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