Entre le magazine et le livre, « XXI » a ouvert une voie

 |   |  521  mots
Discrètement mais sûrement, « XXI », sous-titré « L'information au grand format », a réussi son pari un peu fou d'imposer dans l'Hexagone un magazine entièrement consacré au grand reportage et dépouillé de toute page de publicité. Un véritable pied de nez à toutes les idées qui circulent depuis une bonne dizaine d'années sur la presse et selon lesquelles, à l'heure d'Internet, les Français, les jeunes en tête, veulent être informés au plus vite, brièvement et gratuitement. Des principes qui font sourire Patrick de Saint-Exupéry, le cofondateur de « XXI », une revue de plus de 200 pages au prix de 15 euros publiée quatre fois par an et qui redonne ses lettres de noblesses aux très longs articles. Ils ne sont accompagnés au maximum « que » de trois illustrations. Autre pari, celui d'ouvrir la bande dessinée au journalisme puisque chaque numéro offre trente planches inédites de reportage. « Le succès du titre montre que ?XXI? est post Internet », lance son fondateur un brin ironique...En 2007, Patrick de Saint-Exupéry, alors grand reporter au « Figaro », est plus que las du discours des éditeurs de presse qui ne parlent plus de « journaux » mais de « marques », de « lecteurs » mais de « consommateurs ». « Je voulais sortir d'un système qui me semblait effrayant et je suis allé voir mon ami l'éditeur Laurent Beccaria avec qui on a bâti le projet ?XXI? », explique-t-il aujourd'hui. « L'idée était de rassembler le meilleur du journalisme avec le meilleur de l'édition », expliquent les deux hommes qui détiennent chacun 33 % de la revue, au côté d'un joli tour de table avec notamment Gallimard (20 %) et Charles-Henri Flammarion, qui se partage les 14 % restant avec d'autres actionnaires individuels.Dépendant que des lecteursÀ l'heure où la presse écrite traverse la plus grave crise de son histoire, « XXI » qui sortira son numéro 14 mi-avril est aussi un succès économique. Le titre a été rentable dès sa première année. Ses ventes s'élèvent aujourd'hui à 45.000 exemplaires (+ 20 % en un an) dont 8.500 abonnés « dont de nombreux jeunes ». Le titre qui a bénéficié d'un budget de lancement de 450.000 euros, opte par ailleurs pour zéro page de pub. « Nous ne sommes dépendants que de notre lecteur », pointe Patrick de Saint- Exupéry. Mais il est vrai que « XXI » n'est pas vraiment un magazine puisqu'industriellement parlant, il se range sur les étagères des libraires et non sur les présentoirs des kiosques. Il n'est pas imprimé comme un journal et se vend dans le réseau des librairies et des enseignes culturelles. Le taux de TVA est certes moins avantageux (5,5 % pour le livre et 2,1 % pour la presse) mais à moyen terme, l'addition est moins élevée, ont calculé les éditeurs. Avec pour principal argument, la distribution, moins onéreuse dans le circuit du livre que par celui de la presse avec Presstalis. Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry poursuivent l'aventure et lancent le 24 mars, « 6 mois », une revue de 350 pages qui « renoue avec la magie des grands récits en photo ». La revue vise une dizaine d'éditions internationales.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :