Miró, le jardinier des rêves

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À un moment donné il a voulu assassiner la peinture. C'est comme ça que la sculpture de Joan Miró (1893-1983) est née, dans un geste provocateur, pour qu'on ne l'enferme pas dans un seul geste. Cette exposition au musée Maillol, dont « La Tribune » est partenaire, nous en délivre la naissance et son épanouissement. Petit fils de forgeron catalan, Miró s'est très tôt intéressé à la forme, à la matière. Ses cosmogonies en peinture en témoignent, par leurs couleurs et leur résonance dans l'espace. C'est un peu comme un chant de l'univers. Chez lui, la forme et le signe sont un véritable vocabulaire. Il y a des étoiles, des morceaux de lune, des fils tendus d'une pierre à l'autre, des bois, des fers. Une grammaire de la nature qu'il plie à ses rêves. Pour Miró, pas question de laisser un objet tel qu'il est. Il faut le détourner, lui donner un autre sens, un autre but. Ainsi, il détourne des embauchoirs en envolée d'oiseaux, des chaises en corps de femmes et d'hommes, des oeufs en tête. On dit de lui « c'est un poète ». Bien sûr ! Mais un poète qui, d'une démarche surréaliste, s'avance petit à petit vers l'abstraction la plus totale, ne laissant subsister de ses sculptures qu'une simple idée qu'il propose à l'imagination de celui ou de celle qui les regarde. Ainsi, il s'est créé ses propres mythologies, laissant à l'éternité le soin d'en révéler les secrets, les signes enfouis dans la matière. S'il a commencé par la céramique, ses premières oeuvres s'ancrent dans le fonds sacré de la sculpture ancestrale, celle des cavernes et de l'Antiquité. Il travaille le bronze, en laissant dans la matière les traces de personnages en train de naître. Des ébauches de personnages plutôt. Puis, de la surface, il s'aventure autour du bronze. Ici une tête, là des bras, là encore un corps qui ne dit pas son nom. On est au coeur même d'une histoire de la sculpture moderne. Miró en est le geste, l'initiateur. Le prophète. Lorsqu'il découvre l'objet brut, il scelle son destin en l'associant à d'autres. Ainsi le bronze rejoint la pierre, le fer, le bois. Les formes ont désormais la fantaisie des rêves. Sa folie. Au coeur de cette création émerge un thème : la femme. La femme dans tous ses états, voluptueuse, sensuelle, désirable. Et il la trouve partout cette femme, Miró. Dans les rondeurs d'une pierre polie, dans les secrets d'une caisse en bois, dans la coque d'une amande. L'artiste sème à tous gestes. C'est un jardinier qui fait émerger de l'espace toutes sortes d'objets autour desquels la femme est à elle seule un univers.À partir de la fin des années 1960, la fantaisie va trouver son apogée avec la récupération d'objets qu'il peint. Ainsi deux tabourets bleus et noirs, l'un renversé avec seulement une citation de gestes sculptés sur un des pieds ou sur l'assise devient « Un homme et une femme dans la nuit ». Le rêve est à son comble. C'est oublier « Un personnage », fait d'un fer courbé vert, surmonté d'une petite pièce de métal trouée, avec à son extrémité une sorte de petit râteau bleu. Et que dire de ce petit chef-d'oeuvre de « Jeune fille s'évadant », où l'on voit un assemblage tout en couleurs vives et provocantes, composé de jambes de mannequin, de robinet, de morceaux de bois et de plâtre. Ce n'est pas la fille qui s'évade, mais notre regard. Il rejoint des lieux lointains ou la beauté nous retient prisonnier.Plus tard, créant son « Labyrinthe » dans les jardins de la Fondation Maeght, Miró sera dans une recherche plus végétale. La forme est comme une excroissance permanente de plantes. S'y côtoie aussi de l'animalité, sans que l'on sache de quelle bête il s'agit. Toujours le rêve ! Miró est bien ce jardinier céleste qui dévoile à la nature ce qu'elle ne soupçonne pas en elle. Ses songes. Sa folie. En gardant secret son mystère. Jean-Louis Pinte Musée Maillol, 59-61, rue de Grenelle, Paris VIIe, jusqu'au 31 juillet. Tél. : 01.42.22.59.58. www.museemaillol.com. Catalogue : Éd. Gallimard/Musée Maillol, 35 euros.

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